Après 50 ans, voici une nouvelle sortie pour ce chef-d’œuvre satirique du folk horror, bien que le « prog horror » soit peut-être une meilleure description. Le folk horror, comme le film noir, est un terme qui semble avoir été utilisé pour la première fois par les critiques avant les réalisateurs eux-mêmes, mais The Wicker Man est tellement meilleur et plus distinctif que tout film qui relève du genre folk horror qu’il est pratiquement un genre à part entière. Il apparaît maintenant comme un « final cut » : une restauration complète avec les images qui ont été supprimées lors de sa sortie en tant que film « B » en soutien à Ne vous retournez pas en 1973.
Il s’agit d’un brillant film de complot et de frissons se déroulant pendant la fête du 1er mai sur une île fictive reculée au large de la côte écossaise, gouvernée par l’arrogant Lord Summerisle (Christopher Lee), dont les habitants sont dévoués à des pratiques païennes sinistres pour préserver la récolte annuelle de fruits dont dépend leur économie. Les habitants de Summerisle sont tour à tour polis et insolents envers un jeune policier mince lèvres venu du continent qui a été alerté de la disparition d’une adolescente par une lettre anonyme. Il s’agit du respectueux sergent Neil Howie, merveilleusement interprété par Edward Woodward, un rigoureux défenseur de la religion chrétienne, qui se réserve pour le mariage avec sa douce fiancée, et qui est indigné mais aussi légèrement excité par l’abandon sensuel qu’il voit autour de lui.
Le film est une véritable aventure effrayante dans la psychopathologie de groupe, réalisée par le réalisateur Robin Hardy avec une gravité inspirée et une densité d’imagination des détails folkloriques. Il est clairement inspiré par Ira Levin à certains niveaux, mais adapté par Anthony Shaffer du roman Ritual de David Pinner de 1967, un acteur devenu écrivain qui a créé l’histoire à l’origine pour Michael Winner et dont le protagoniste policier pourrait être inspiré d’un rôle que Pinner a joué à West End : le sergent Trotter, de la pièce d’Agatha Christie, La Souricière. (Comme le poème La Terre vaine de T.S. Eliot, d’ailleurs, The Wicker Man est redevable des images de la mort et de la renaissance tirées du livre de James Frazer, Le Rameau d’or.)
En plus de tout ça, The Wicker Man possède la meilleure scène de silence dans un pub lorsqu’un étranger arrive dans l’histoire du cinéma. L’auberge locale, The Green Man, tombe dans le silence mutin et hostile à l’apparition du sergent Howie, puis, lorsque le propriétaire moqueur MacGregor (interprété par le danseur et chorégraphe Lindsay Kemp) envoie le sergent Howie dans sa chambre accompagné de sa charmante fille Willow (Britt Ekland), les buveurs éclatent dans une chanson obscène extraordinaire accompagnée d’un groupe de musiciens. Chaque plan de cette séquence incroyable pourrait être une pochette d’album de musique progressive. L’image de May Morrison, la factrice locale, (Irene Sunter) mettant une grenouille dans la bouche de sa fille pour la guérir de son mal de gorge ne quittera jamais l’esprit de quiconque voit ce film, de même que la chanson du mât de mai et la jeune femme que Howie voit dans le cimetière en ruine, lui souriant sans expression, allaitant un enfant tout en tenant mystérieusement un œuf.
