Mort d’un adolescent français lors d’un contact avec la police : la colère et le désespoir s’emparent du pays

La mort tragique de l’adolescent français Nahel M à Nanterre cette semaine est malheureusement familière. Un homme ou un garçon d’origine nord-africaine décède après un contact avec la police. Des témoignages trompeurs voire mensongers des agents de police rejettent la faute sur la victime. L’indignation suscite des protestations et de la violence.

Ce qui se déroule actuellement dans les villes françaises ne suscite pas tant le choc de ses acteurs que leur colère et leur désespoir face à cette réalité persistante. Non seulement les commissariats de police, mais aussi les écoles, les voitures, les tramways et les mairies ont été attaqués ou incendiés dans des villes telles que Lille, Dijon, Lyon, Toulouse et dans les banlieues parisiennes. Après une réunion de crise avec Emmanuel Macron jeudi, 40 000 agents ont été déployés dans tout le pays.

Cependant, la différence avec 2005 – lorsque l’électrocution de deux adolescents cachés des policiers a provoqué trois semaines d’émeutes – est également frappante. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, avait tenu des propos suggérant que les victimes étaient des voleurs et avait attisé les tensions. Cette fois-ci, le président Macron a qualifié l’incident « d’inexplicable et inexcusable ». L’agent responsable fait l’objet d’une enquête formelle pour homicide involontaire. La différence la plus évidente est que ces événements ont été capturés par des caméras de téléphones et diffusés sur les réseaux sociaux, ce qui contredit la version selon laquelle le jeune de 17 ans aurait foncé délibérément sur les policiers. On peut voir deux agents à côté du véhicule, l’un pointant une arme sur le conducteur. On entend les mots : « Tu vas prendre une balle dans la tête ». L’agent semble ensuite tirer lorsque la voiture avance.

Pour ceux vivant dans les banlieues, ces images ne sont pas une révélation mais une confirmation. La colère est accumulative. Ils pensent non seulement à Nahel M, mais aussi à Adama Traoré, qui a été étouffé en garde à vue en 2016, ou à Jean-Paul Benjamin, un père de deux enfants abattu l’année dernière. Ces cas sont particulièrement puissants car la loi française n’autorise pas la collecte de données sur l’origine ethnique, révélant ainsi d’autres formes de discrimination. Comme dans d’autres pays, le mouvement Black Lives Matter a galvanisé l’activisme. Les gens ont parlé de plus en plus fort. Pourtant, ils n’ont pas été entendus.

Des préoccupations particulières se portent sur les changements législatifs intervenus il y a six ans, que les critiques avaient averti d’élargir les critères d’utilisation des armes à feu par la police. Un nombre record de 13 personnes sont décédées après avoir refusé de se conformer à un contrôle routier en 2022. Mais le problème plus large vient des techniques de police agressives autrefois utilisées pour contrôler des populations soumises, telles que les colonies d’Algérie, et qui ont été importées dans la patrie. Ces techniques sont évidentes dans la répression de mouvements de contestation plus vastes, tels que les manifestations contre les retraites ou des mouvements comme les gilets jaunes. Cependant, elles sont particulièrement toxiques, et plus souvent mortelles, dans le contexte du racisme institutionnel, du profilage racial et de la bigoterie personnelle.

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Les problèmes économiques qui étaient à l’origine des précédentes émeutes semblent ici moins prégnants que la colère de se sentir ignoré, exclu et discriminé. Kylian Mbappé, la star du football français multimillionnaire qui a grandi dans les banlieues françaises, a tweeté : « Je souffre pour ma France ». La colère s’étend au-delà de la police à d’autres institutions de l’État.

De nombreuses personnes des banlieues craignent à la fois pour la sécurité de leurs enfants entre les mains de la police et pour les troubles. Elles sont également préoccupées par la manière dont Marine Le Pen et l’extrême droite en général pourraient exploiter ces événements. Ce qu’elles savent, c’est que les choses doivent changer, et que cela ne devrait pas nécessiter une autre mort, une vidéo de smartphone ou des troubles de masse pour que cela se produise.

  • Un adolescent français d’origine nord-africaine décède après une altercation avec la police
  • Des manifestations et des violences éclatent dans tout le pays
  • Les événements de 2005 et la réaction différente des autorités à l’époque
  • Les vidéos prouvent que les policiers ont menti sur leur version des faits
  • La collecte de données ethniques interdite par la loi française
  • Les techniques policières agressives issues du passé colonial
  • Les inquiétudes quant à l’exploitation de ces événements par l’extrême droite