La protection des oiseaux accuse le gouvernement français de violer les réglementations européennes après avoir annulé l’interdiction de la chasse traditionnelle.

Ils accusent les ministres de céder aux pressions des puissants groupes de chasse pour permettre le piégeage de milliers d’oiseaux dans le cadre d’une « étude expérimentale ».

La plupart des méthodes de piégeage traditionnelles ont été interdites en France en 2021 sous peine d’amendes de la Commission européenne.

Le ministère de la Transition écologique a temporairement levé l’embargo sur deux pratiques : l’utilisation de grands filets placés horizontalement sur la trajectoire des oiseaux – généralement attirés par les appels d’un oiseau en cage – et les pièges en fil de fer ou en bois.

L' »étude » a débuté en début de mois et doit se poursuivre jusqu’au 20 novembre. Son objectif déclaré est d’établir si ces méthodes sont sélectives, avec l’espoir à terme, des organisations de chasse, de les autoriser à continuer.

Les chasseurs sont autorisés à capturer 6 000 alouettes avec des pantés (filets horizontaux) ou des matoles (cages à descente) dans quatre départements du sud-ouest de la France, ainsi que 500 vanneaux huppés et 15 pluviers dorés dans les Ardennes, dans le nord-est.

Allain Bougrain-Dubourg, le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), a déclaré : « Cette volonté d’encourager le piégeage non sélectif est indigne d’un pays qui se prétend leader dans la préservation de la biodiversité… il est clair que les matoles piègent une multitude d’espèces protégées, et ne sont pas sélectives. Même si les oiseaux sont relâchés, ils sont tout au plus stressés, au pire maltraités, ce qui est inacceptable au XXIe siècle. »

Le Conseil d’État français avait déjà interdit ces méthodes de piégeage en indiquant qu’il y avait « un sérieux doute quant à leur conformité aux règles légales européennes ».

L’Union européenne a engagé des procédures contre Malte, qui utilise le même prétexte « expérimental » pour permettre le piégeage de pinsons, et une audience devant un tribunal est prévue début l’année prochaine.

Yves Verilhac, ancien président de la LPO et défenseur de la protection des oiseaux, ajoute : « Ils ont pris le prétexte de la science pour autoriser cela. Il ne s’agit peut-être que de quelques milliers d’oiseaux, mais il s’agit d’espèces dont les effectifs diminuent et ces méthodes ont été interdites.

« Nous avons une fois de plus signalé le gouvernement à la Cour européenne dans l’espoir qu’ils commenceront à infliger des amendes. »

Verilhac estime que permettre aux chasseurs eux-mêmes de surveiller cette « étude » revient à « laisser le renard surveiller les poules ».

« Les chasseurs savent que ce type de chasse est fini, mais ils se battent jusqu’au bout pour continuer. Il ne fait aucun doute que cette ‘étude’ trouvera les méthodes sélectives alors que nous savons que les filets et les cages capturent toutes sortes d’oiseaux. »

Nicolas Rivet, le directeur général de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), défend l’annulation de l’interdiction.

« Il ne s’agit pas de rouvrir la chasse. Le piégeage ne se fera que dans trois endroits de chaque département et sera limité dans le temps. L’objectif est d’établir objectivement si ces pratiques sont sélectives », a déclaré Rivet à Le Monde.

La question de savoir si ces méthodes de chasse historiques ciblent des espèces spécifiques ou piègent des oiseaux au hasard, y compris des espèces protégées, est au cœur d’une bataille qui divise la France depuis des décennies.

En 2021, les juges européens ont adressé un dernier avertissement à la France pour interdire la chasse aux oiseaux chanteurs à l’aide de bâtons de colle, ce qu’elle a fait.

D’après l’Union internationale pour la conservation de la nature et le Muséum national d’histoire naturelle, l’alouette des champs, dont les effectifs ont diminué de 20 % en 15 ans, est « emblématique » du déclin des oiseaux communs dû à l’intensification des pratiques agricoles, et en particulier à l’utilisation de pesticides.