Un portrait documentaire d’un petit village biélorusse dans le style de Roy Andersson

Dans son documentaire, Kristina Savutsina utilise une palette douce aux tons beiges et des compositions qui rappellent le style satirique du réalisateur suédois Roy Andersson. Comme ce dernier, le film Khan’s Flesh s’intéresse aux banalités de la vie quotidienne, où les événements ordinaires peuvent avoir une signification poignante et ironique.

Malgré une caméra immobile, le montage associatif donne une impression de mouvement et de rythme à ce film d’une durée concise de 57 minutes. Passant d’un espace ordinaire à un autre – un lit d’hôpital, une église, une salle de réunion communautaire, voire un cimetière – Khan’s Flesh parvient à créer une impression de circularité totale à partir de gestes minuscules. À la fois simples et monumentaux, les moments de réunion et de séparation, de naissance et de mort, sont ainsi reliés de manière délibérément non dramatique, car il s’agit là des faits mêmes de la vie.


Il est également intéressant de noter que, mis à part les scènes occasionnelles tournées dans des espaces privés, Khan’s Flesh se concentre principalement sur les lieux où les gens se rassemblent, que ce soit pour célébrer, pour faire leur deuil ou pour des raisons pratiques. De la même manière que le film met en avant le pouvoir connectif du montage, il semble également souligner que l’identité de ce petit village ne repose pas sur un individu en particulier, mais sur la façon dont ces modestes vies interagissent et se croisent au quotidien.

De plus, le kitsch de certaines pratiques culturelles, comme une représentation théâtrale amateur où de jeunes femmes se balancent sur une musique Eurodance tout en gardant un visage impassible et sérieux, est à la fois amusant et révélateur. En tenant compte de la complexité sociopolitique de la région, cette représentation de la communauté et de l’identité géographique est bien plus fragile qu’elle n’en a l’air et ne devrait pas être considérée comme acquise.