Dans une clairière forestière pleine de bouses de vache, l’histoire de la France est en train de s’écrire: le premier déménagement de scarabées coprophages dans une réserve naturelle près de Bordeaux est en train de se produire. Environ 60 insectes « rouleurs de boules » ont été transportés en grande pompe mercredi dans les forêts marécageuses d’Étang de Cousseau, dans le sud-ouest de la France, pour restaurer une fonction d’écosystème vitale sur la côte atlantique. Les scarabées coprophages se nourriront des déchets produits par les dizaines de bovins sauvages qui errent dans les dunes, les landes et les marais du projet de réintroduction. Les populations de scarabées coprophages ont diminué en raison de l’agriculture intensive et des traitements anti-parasitaires donnés aux bovins qui contaminent les déchets que les insectes mangent.

Les bêtes ont disparu de la région dans les années 1960 alors que la population de bovins sauvages diminuait. Leur réintroduction a été rendue possible grâce aux efforts de conservationnistes qui ont sauvé la dernière troupe de la race marine landaise en liberté de l’abattoir à la fin des années 1980. Avant la création de vastes plantations de pins sous Napoléon III, cette région de Gascogne était célèbre pour son pastoralisme, et les bergers menaient leurs troupeaux sur des échasses en bois de 5 pieds, les scarabées coprophages prospérant sur les déchets.

La réintroduction des bovins sauvages de la race marine landaise fait partie du projet de réensauvagement de la réserve. Il y a plus de 5 000 espèces de scarabées coprophages et ils se trouvent sur tous les continents sauf l’Antarctique. Tous ne sont pas « rouleurs », c’est-à-dire qu’ils façonnent les boules de bouses et les roulent là où ils veulent les enterrer dans le sol. Certains creusent des tunnels dans les bouses, certains volent des boules aux rouleurs, tandis que d’autres vivent sur le dessus des déchets. Ils sont considérés comme des espèces clés de voûte en raison de leur rôle dans la décomposition et la dispersion des graines.

Les déménagements sont financés par le Fonds européen de réintroduction de la faune sauvage de Rewilding Europe, qui soutient également des projets de réintroduction de lynx en Pologne, d’aigles de Bonelli en Sardaigne et de campagnols d’eau en Cornouailles. Pour que l’écosystème soit véritablement restauré, les plantes et la faune doivent être réintroduites à tous les niveaux.

Les scarabées coprophages sont marqués d’un point vert pour les identifier. Chaque insecte, qui a été relâché en deux phases, est nettoyé et un point vert est dessiné sur son dos avec un marqueur pour l’identification.

Le plus vaste paysage de la réserve d’Étang de Cousseau est peuplé d’oiseaux se déplaçant le long de la voie de migration Est-Atlantique sur les parties des zones humides qui subsistent : des spatules se nourrissant dans les marais sur leur chemin vers les zones de reproduction plus au nord, des vanneaux huppés que l’on peut entendre appeler, et un concert de grenouilles dans les flaques d’eau est constant, avec les vagues de l’Atlantique qui se brisent en arrière-plan.

Pour François Sargos, qui a contribué à la gestion de la réserve naturelle depuis 1988, le projet de réintroduction d’espèces sauvages est personnel. Sa propre famille est divisée entre ceux qui souhaitent voir la forêt de pins supprimée dans cette partie de la Gascogne pour restaurer les zones humides et ceux qui sont impliqués dans l’industrie forestière. Il a aidé à collecter de l’argent pour sauver les vaches sauvages et a soigneusement débarrassé la réserve naturelle des pins, restaurant le paysage dans son état d’origine. Pour lui, le retour des scarabées coprophages est une excellente nouvelle. Inpiré du poète gascon Félix Arnaudin, qui était dégoûté de la propagation des plantations de pins au XIXe siècle et a documenté les bergers sur échasses, il estime que les plantes et la faune doivent être réintroduites à tous les niveaux pour que l’écosystème soit véritablement restauré.