Les thés dansants de France, un projet de longue date. Un jour, alors que j’étais étudiante en art à Paris, j’étais attablée à la brasserie La Coupole en train de prendre un café avec une amie. La Coupole était célèbre il y a des années pour organiser des thés dansants, où les gens se rassemblaient l’après-midi pour danser et socialiser. Aujourd’hui, les thés dansants sont un peu plus rares et surtout fréquentés par des personnes âgées. Alors que nous étions assises là, une vieille dame très chic et élégante est venue nous parler. Elle nous a dit qu’elle venait aux thés dansants tous les dimanches. Elle adorait danser et elle y rencontrait également des amoureux!

  • Une queue à la réception d’un thé dansant au Roaljorero à Monteux. Créé en 1974, un thé dansant y était organisé plusieurs fois par semaine. Le nightclub familial, nommé d’après son fondateur Roland, Albert, Josette, et ses filles Régine et Roselyne, attirait de nombreuses personnes de la région.

Cela remonte à presque 15 ans, et cette image est restée gravée dans ma mémoire. Je m’intéresse au vieillissement et à sa perception dans la société depuis longtemps. Peut-être que la raison est que mes parents ont 10 à 15 ans de plus que la plupart des parents de ma génération. Cela semble avoir ouvert ma perception de l’âge. Ensuite, j’ai déménagé à New York, où j’ai vécu sept ans, et en Asie, pendant deux ans, où j’ai rencontré beaucoup de seniors extravagants et dynamiques, très intégrés dans la société. L’idée de réaliser un projet sur ces personnes a mûri pendant des années.

  • René, 82 ans, et Huguette, 84 ans, au Manoir thé dansant à Bailleul, près de Lille, dans le nord de la France. Fondé dans les années 1970, c’est une entreprise familiale dirigée par les frères Jean-Charles et Fred Houvenaeghel. Chaque vendredi, il y a un thé dansant de 20h à 23h, avant que l’endroit ne devienne un nightclub, et il y a un thé dansant chaque dimanche après-midi.

Lorsque je suis retournée en France, j’ai été immédiatement frappée par une vision très limitée des seniors. Lorsque la pandémie de Covid-19 a frappé, les personnes âgées se sont soudain retrouvées sous les projecteurs. Deux réactions principales ont émergé : l’empathique (« protégeons les personnes âgées, elles sont fragiles ») et l’agaçante (« nous ne voulons pas arrêter de vivre à cause des personnes âgées »).

Des scènes du thé dansant de Chambly, dans le département de l’Oise, animé par Pascal Rossi, également connu sous le nom de DJ Pascal Pous.

Le vieillissement est souvent représenté comme un fardeau, ou stéréotypé. Les vies s’allongent, mais vieillir conserve une connotation négative. Cela ne vient pas seulement des jeunes, cela peut aussi venir des personnes âgées elles-mêmes. Je le constate à travers la vision de ma mère et de ses amis, par exemple : vieillir les terrifie ou les dégoûte. Tout ce qu’ils voient, c’est une décrépitude inévitable.

  • Gisèle Le Boulanger, 75 ans, chez elle. Originaire de Bretagne, elle a appris à danser avec son oncle. Elle a commencé à danser régulièrement pour oublier ses problèmes, puis elle y a pris goût.

Évidemment, vieillir peut être difficile pour certains, mais cela ne doit pas l’être. J’ai décidé d’aller à la rencontre de personnes âgées qui n’ont pas arrêté de vivre simplement parce qu’elles sont plus âgées. Certains dansent, d’autres travaillent, pratiquent beaucoup de sport, ou tombent amoureux – le désir est toujours présent. Souvent, la vision paternaliste de la société tend à limiter les opportunités. Certes, notre apparence change et se transforme, mais sa beauté n’est qu’une question de perception. Si le feu brûle toujours, il n’y a aucune raison de s’arrêter.

  • Alice Lopez, 81 ans, chez elle. Originaire des Landes, elle a commencé à danser à 14 ans avec ses parents. Elle fréquente le thé dansant du Duplex depuis 40 ans. À droite ; Brigitte Bourban, 66 ans, chez elle. Elle fréquente le thé dansant du Duplex, près des Champs-Élysées, presque tous les dimanches et lundis après-midi.

« Thés Dansants » en France a été un point de départ et un premier chapitre. Le projet vise à présenter une partie de la société dont nous savons peu de choses mais qui nous concerne tous. Maintenant, j’aimerais l’étendre à d’autres centres d’intérêt que nous n’associons pas à un âge avancé en France, ainsi qu’à d’autres pays.

Une scène du bal du thé dansant Balajo. Ce thé dansant, l’un des plus anciens de Paris, a lieu tous les lundis.