Sport et commerce dans le Tour de France
De Philippe Carr
21 juillet 1949
Dimanche soir verra l’arrivée, à Paris, du Tour de France, la grande course cycliste annuelle de 25 étapes quotidiennes, sur des routes qui suivent plus ou moins les frontières du pays mais qui comprennent cette année une percée en Belgique et une autre en Italie.
Pendant le mois du concours la France ne pense à rien d’autre. Près d’un million de Parisiens seraient venus voir le départ. Prêtres, religieuses, paysans et écoliers bordent les routes le jour où ce qu’on appelle la caravane passe devant leur quartier. Les pages comiques des journaux ne sont consacrées qu’aux blagues sur le Tour ; et la nouvelle, annoncée par toute la presse, qu’un concurrent imaginaire s’était heureusement débarrassé d’un ténia fut reçue avec beaucoup plus d’intérêt que des informations sur la crise monétaire internationale. Le maillot jaune, porté chaque jour par celui qui était en tête la veille mais qu’il faudra peut-être abandonner le lendemain, fait de lui un héros. Les cols de montagne, dont il y a toujours deux sur le parcours de 3 000 milles, un dans les Pyrénées et un dans les Alpes, s’élèvent à 6 000 pieds et plus, et c’est dans l’un d’abord puis dans l’autre que l’ultime vainqueur se révèle généralement.
Le côté argent
Mais le Tour de France n’est pas seulement un grand événement sportif. C’est une importante entreprise commerciale. C’est important pour les coureurs, qui sont presque tous des ouvriers et pas encore des professionnels, bien que leurs frais soient pris en charge par les organisateurs de la course. Ils espèrent gagner une partie des 10 000 £ que ces organisateurs distribuent en prix et aussi une partie des prix locaux, de 50 £ et parfois plus, que les villes du parcours offrent pour le meilleur temps de leur étape particulière. Ils s’attendent également à signer des contrats lucratifs pour participer, plus tard dans l’été, à des compétitions de vélodromes et à des manèges d’exposition dans tout le pays.
Les organisateurs ont déclaré que leurs dépenses s’élèveraient cette année à plus de 70 000 £, dont 2 000 £ seront remis à l’État pour le privilège de fermer les voies publiques. Ces dépenses comprennent non seulement la garde des coureurs, mais aussi un service de premiers secours important et efficace qui les suit dans des automobiles et une unité mobile de réparation de leurs vélos.
Comment ces dépenses sont-elles couvertes et comment les bénéfices sont-ils réalisés ? Il y a d’abord la rançon payée par chaque ville qui est le terminus d’une étape et le point de départ de la suivante. Ces villes réalisent des profits directs considérables en hébergeant, nourrissant et garant non seulement les concurrents et les organisateurs, mais toute l’armée des journalistes et leurs voitures, ainsi que d’autres voitures autorisées à suivre la course – moyennant un prix. Mais, outre ce profit direct, il y a la publicité qu’une ville voulant se faire connaître comme station balnéaire tirera d’être une étape du Tour.
Humanité’s enterprise
Il ne faut cependant pas supposer qu’aucune limite n’est fixée à ce que la ville choisie comme halte peut faire pour récupérer une partie de l’argent qu’elle a versé. L’année dernière, le journal communiste L’Humanité a organisé une énorme caravane motorisée qui fournissait de la musique pour danser à chaque halte – et de la propagande politique aussi. Ainsi, cette année, le ministère de l’Intérieur est intervenu et a interdit l’inscription de tout véhicule faisant la publicité d’un journal ou proclamant les vues d’un parti politique. Cette année, l’expérience est tentée de faire de certaines étapes des compétitions chronométrées, les coureurs étant lancés individuellement à intervalles fixes, au lieu de tous ensemble. A chaque coureur est attaché un camion publicitaire, tiré au sort, de sorte que toute la course devient un cortège alternant sport et publicité. Comment les points sont attribués dans ce concours, je n’ai jamais pu comprendre; mais probablement tous les écoliers de village français pourraient vous le dire.

Editorial: Tour de France
13 juillet 1950
La Grande-Bretagne a sa finale de coupe; La France a son Tour de France qui commence ce matin. Mais si l’heure de gloire du football projette des reflets le long d’une journée, le cyclisme bénéficie sur le Tour de France d’une sorte d’apothéose pour chaque minute de la meilleure partie d’un mois. À tel point qu’il est devenu le spectacle du maire ainsi qu’une course. Les managers et entraîneurs qui suivent les cyclistes dans leur parcours de 3 000 milles autour de la France et en Belgique à travers villes, campagnes et massifs montagneux sont eux-mêmes suivis par un cortège hétéroclite de voitures annonçant telle ou telle denrée qu’un tel (l’un des les prima donnas de la race) utilise sur sa machine. Et puis il y a les hordes de passionnés qui jalonnent bruyamment le parcours et lancent des bouquets à leurs favoris. (Il ne manque jamais d’y avoir au moins un incident d’un lanceur de bouquet zélé bouleversant un cavalier et provoquant un tollé mineur.) Et enfin, il y a les journaux.
Les rédacteurs sportifs remplissent des colonnes et des colonnes pendant la course avec des tactiques dans une certaine mesure et des chiffres et des commérages à un plus grand. La fascination de la course est évidemment qu’elle est si remarquablement la chose la plus statistique, la plus grande et la meilleure de son genre. Tout à ce sujet mérite une attention particulière, du poids des bananes que les concurrents mangent aux querelles qui éclatent entre des stars délicates. Car il y a beaucoup de concurrence dans toute l’affaire, non seulement au niveau personnel mais au niveau national. Italiens, Belges, Hollandais, Suisses et autres ainsi que les Français envoient leurs équipes. L’ambiance est survoltée, tendue ; presque aussi tendue, disent les Français, que la situation internationale. Alors, ils sentent, peut-être pas logiquement mais avec un bon sens éminent, que cela les aidera à l’oublier. Et s’ils sont présents au départ, ils peuvent toujours voir Orson Welles donner l’adieu à leurs champions aujourd’hui. Cela devrait être relaxant.


Grand fan de mangas et d’animes, je n’aime bien écrire qu’à propos de ses sujets, c’est pour ca que j’écris pour 5 minutes d’actus. Au quotidien de décortique, donne mes avis sur les différents épisodes et chapitres des mangas que j’aime lire.
