Depuis ses débuts sur grand écran dans le film original de 1954 d’Ishiro Honda, Godzilla a été bien plus qu’un simple monstre. La méga-reptile préhistorique, destructeur de villes, a été utilisé comme métaphore de la menace nucléaire, de la puissance militaire américaine et des abus environnementaux. Avec presque 40 films à son actif, de qualité très variable, Godzilla Minus One est l’un des meilleurs. Réalisé par Takashi Yamazaki, ce prequel palpitant situé au Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale ramène le roi des monstres à ses origines.

Dans cette version, Godzilla prend une signification métaphorique fraîche où il symbolise le chagrin, le traumatisme, la culpabilité et le deuil national de l’après-guerre au Japon. Son apparence, avec son corps massif et sa tête qui semble être tout mâchoires et aucune intelligence, est immédiatement reconnaissable. Mais Godzilla semble avoir été créé à partir des décombres fumants des villes détruites du Japon. On peut voir des braises en colère à travers les écailles entre ses plaques dorsales, qui ressemblent aux colonnes vertébrales brisées des bâtiments bombardés. Il incarne la destruction, la dévastation, la douleur et la honte.

  • La métaphore de Godzilla: Godzilla symbolise le chagrin national du Japon après la guerre
  • Le personnage central: Kōichi Shikishima, ancien pilote de kamikaze, est hanté par le passé
  • La rencontre maritime: La confrontation avec le nouveau Godzilla est une scène captivante
  • Le nationalisme du film: Godzilla Minus One poursuit un récit de rédemption nationaliste

Le personnage central torturé du film est Kōichi Shikishima, un ancien pilote de kamikaze. Le fait qu’il a survécu à la fin peu glorieuse de la guerre est un rappel constant de son échec. Non seulement il a interrompu sa mission suicide, Kōichi a également gelé lorsqu’il a été confronté à Godzilla pour la première fois, ce qui a indirectement coûté la vie à presque tout l’équipage au sol d’une base aérienne insulaire. Kōichi est piégé dans le moment de son ignominie et de sa lâcheté, incapable de continuer sa vie car « ma guerre n’est pas encore terminée ».

Il se retrouve cependant avec une sorte de famille – Noriko, une jeune fille vêtue de haillons, emménage chez lui avec un bébé orphelin qu’elle a sauvé lorsqu’un raid aérien a coûté la vie à sa mère. Alors que Kōichi ne se sent pas digne de se marier ou d’aimer, il prend sur lui les responsabilités. C’est pour subvenir aux besoins de Noriko et du bébé Akiko que Kōichi accepte un emploi risqué mais bien rémunéré pour manœuvrer le canon sur un radeau de déminage en bois travaillant dans les eaux côtières près de Tokyo. Peu de temps après, Kōichi est à nouveau confronté à son némésis reptilienne.

L’opération maritime avec le nouveau Godzilla est palpitante, mais lorsque la créature saccage le quartier Ginza de Tokyo, le film et le monstre atteignent vraiment leur apogée. Yamazaki rend hommage à plusieurs plans et scènes du film original de 1954, notamment dans une séquence éblouissante qui s’ouvre sur Noriko regardant, perplexe, par la fenêtre d’un train de banlieue alors que l’énorme masse du monstre se reflète dans le verre. Par ailleurs, le thème classique de Godzilla par Akira Ifukube – avec son rythme implacable et martelant, l’une des pièces de musique de film les plus distinctives jamais écrites – est utilisé à merveille.

Godzilla Minus One est tout à fait nationaliste et sentimental dans son approche, poursuivant un récit de rédemption dans lequel Kōichi et le Japon se voient offrir l’occasion de retourner sur le champ de bataille et de regagner un peu de dignité et d’estime de soi. C’est un témoignage de la qualité de l’écriture et de la direction d’action, qui ne semble jamais aussi ringard ou grossier que l’on pourrait s’y attendre.