Une règle non écrite du cinéma est que les grands livres font rarement de grands films. Ce n’est pas inévitable qu’une adaptation cinématographique d’un classique de la littérature se transforme en navet, mais beaucoup le font. Prenez par exemple la version jetable et sordide de Roland Joffe du Scarlet Letter de Nathaniel Hawthorne, le massacre notoire de Tom Wolfe par Brian De Palma dans Bonfire of the Vanities, et mon pire cauchemar personnel, le massacre par Peter Jackson de The Lovely Bones d’Alice Sebold. Il existe cependant des moyens d’éviter la malédiction de l’adaptation littéraire, comme l’a récemment fait Jonathan Glazer avec The Zone of Interest, un film qui a conservé le titre et l’emplacement du roman de Martin Amis mais qui a dépouillé la majeure partie de l’histoire pour laisser place à la vision glaçante de Glazer.

  • Les adaptations cinématographiques de livres sont souvent décevantes
  • Jonathan Glazer a réussi à éviter la malédiction de l’adaptation littéraire avec The Zone of Interest
  • RaMell Ross a réalisé un exploit extraordinaire avec Nickel Boys

Nickel Boys de RaMell Ross est quelque chose de complètement différent. Le premier long métrage de fiction de Ross (il a précédemment réalisé le documentaire nominé aux Oscars Hale County This Morning, This Evening) est une adaptation du roman primé Pulitzer de 2019 de Colson Whitehead et c’est un exploit extraordinaire. Une version fidèle au livre, honorant à la fois son esprit et sa structure, tout en parvenant à être une œuvre cinématographique véritablement innovante. Il s’agit d’une pièce de cinéma sublime.

  • RaMell Ross a adapté le roman de Colson Whitehead avec succès
  • Nickel Boys est une œuvre cinématographique innovante et fidèle au livre

Le personnage central de l’histoire est Elwood, un adolescent afro-américain du début des années 1960 à Tallahassee, en Floride, sous la ségrégation raciale. Élevé par sa courageuse et aimante grand-mère Hattie, Elwood est sur la voie de l’excellence académique. Bien qu’il soit encore lycéen, il a été accepté dans un programme de cours dans une université d’une ville voisine. En route pour le premier d’entre eux, le destin lui inflige un coup dévastateur. Elwood accepte un trajet dans une voiture de luxe conduite par un homme noir bien habillé, un dandy au langage doux dégoulinant d’or et de bonne humeur. Mais le véhicule est volé et Elwood apprend bientôt que sa justification d’être au mauvais endroit au mauvais moment ne va pas convaincre la police. Il est envoyé dans une école de redressement publique, la Nickel Academy, où la brutalité et la cruauté subies aux mains des gardiens racistes sont atténuées, en partie du moins, par l’amitié étroite qu’il noue avec un autre garçon, Turner.

  • Elwood est envoyé dans une école de redressement après un incident tragique
  • Il se lie d’amitié avec Turner pour survivre à la brutalité de l’établissement

C’est une histoire déchirante et enragée. Mais ce qui donne au film sa puissance sauvage, c’est l’approche formelle radicale et audacieuse de Ross. Il s’agit d’un film qui, à un niveau fondamental, exige que nous réapprenions à regarder. Le plus frappant immédiatement des techniques de Ross est sa décision de filmer le film presque entièrement du point de vue de ses deux personnages centraux, Elwood et Turner. La première partie du film, un patchwork de souvenirs effilochés de la petite enfance d’Elwood, évoque le regard d’un enfant attiré par les étincelles et les babioles brillantes. La caméra suit le regard de l’enfant Elwood, captivé par un bracelet en or au bras de sa mère. À travers les bribes de conversation entendues flottant dans la pièce comme de la fumée de cigare, nous comprenons qu’il s’agit d’une fête d’adieu pour les parents d’Elwood, et que ce sera probablement la dernière fois qu’il les voit.

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  • Ross utilise une approche formelle radicale pour raconter l’histoire de manière immersive
  • Le film est tourné principalement du point de vue d’Elwood et Turner, renforçant l’impact émotionnel