UNELain Guiraudie s’impose comme un cinéaste singulier, déroutant, voire exaspérant. En 20 ans de carrière dans le cinéma français, il a longtemps eu un faible pour le ludique, l’anarchique et le fantastique. Pourtant, nous, hors de France, avons peut-être été induits en erreur par son hit aberrant en 2013, Stranger By the Lake. C’est avec ce film que Guiraudie a fait sa percée internationale sensationnelle : un thriller de croisière homoérotique captivant. C’était ma propre introduction à son travail et c’est peut-être le ton atypiquement sérieux de celui-ci qui m’a déconcerté par la bêtise sans direction de son suivi Rester Vertical, ou Staying Vertical, en 2016.
Voici maintenant une satire ou une fantaisie sociale semi-comique; ou un jeu d’esprit à qui esprit est difficile à localiser. Il a divers thèmes et idées que Guiraudie semble incapable de prendre au sérieux et de faire rire avec succès. C’est une câline étrange qui se comporte comme un drame réaliste, tout en nous faisant laborieusement un clin d’œil sur son absurdité évidente. Le décor est Clermont-Ferrand dans le centre de la France, où Médéric (Jean-Charles Clichet) est un concepteur de logiciels, un gars rondouillard d’une trentaine d’années qui vit seul. On le voit un après-midi regarder en extase une parfaite inconnue dans la rue dont il est visiblement tombé amoureux : Isadora (Noémie Lvovsky) une femme d’une cinquantaine d’années qui vend du sexe. Il s’approche effrontément d’elle, déclarant qu’il veut lui faire l’amour sans payer, parce que c’est en dessous de lui.
Le trouvant mystifiant suffisamment attirant pour renoncer aux frais, Isadora accepte de le rencontrer dans un hôtel local miteux et est transportée par ses prouesses sexuelles. Il y a des rôles drôles ici pour Yves-Robert Viala en tant que propriétaire âgé de l’hôtel, M Renard, et Miveck Packa en tant que Charlène, une adolescente intéressée par la gestion hôtelière qui fait un travail après l’école très inadapté en tant que réceptionniste. Au moment où Médéric atteint son apogée, toute la ville est ravagée par une bombe terroriste, et le mari au visage hache d’Isadora, Gérard (Renaud Rutten) se présente dans la chambre d’hôtel et l’entraîne. Dans la nouvelle humeur paranoïaque de la ville, Médéric devient convaincu que le gamin nord-africain sans-abri Selim (Ilies Kadri) qui traîne dans son immeuble est un terroriste. Selim est impliqué dans un imbroglio farfelu bizarre impliquant toutes ces personnes, y compris la collègue de Médéric Florence (Doria Tillier) qui le trouve également très attirant.
A un moment, Guiraudie nous signale que tout cela est une grosse blague : il fait même dire à Gérard à Médéric qu’il est flatté qu’un « beau gosse » comme lui trouve sa femme attirante. Mais de quoi parle réellement Nobody’s Hero ? C’est une ébat, mais une ébat très sans saveur. Il y a des moments où l’égarement du film a quelque chose de buñuelien, mais là il s’agit plutôt des rêves de Médéric, dont notre héros doit se réveiller en sueur froide. L’islamophobie et la névrose d’extrême droite ont quelque chose à voir avec cela, mais le film ne les satire pas tant que les hausse les épaules. Le film tient ou tombe par ses prétentions à la comédie impassible – mais c’est lourd et insatisfaisant.

Grand fan de mangas et d’animes, je n’aime bien écrire qu’à propos de ses sujets, c’est pour ca que j’écris pour 5 minutes d’actus. Au quotidien de décortique, donne mes avis sur les différents épisodes et chapitres des mangas que j’aime lire.
