Le documentaire, réalisé par D Smith, met en scène plusieurs femmes trans noires qui ont toutes, à un moment donné, exercé le travail du sexe. Tourné dans un curieux monochrome chaleureux qui accentue le glamour statuaire de ses interlocutrices, le documentaire dresse un portrait collectif de ces femmes. D Smith est une femme transgenre qui travaillait autrefois comme productrice dans l’industrie musicale. Malgré un budget limité, le film aborde de nombreux sujets de manière détendue et naturelle.
Le film commence par une anecdote horrifiante et ensuite surprenamment drôle racontée par Liyah Mitchell. Elle y relate sa rencontre avec un client armé d’un pistolet. Par peur d’être abattue, elle l’attaque. En réalité, l’arme était simplement pour sa propre protection et ils finissent par avoir des relations sexuelles. Mais toutes les anecdotes ne sont pas aussi amusantes et légères. Il est beaucoup question du côté sombre du travail du sexe, de l’insensibilisation émotionnelle des travailleuses à l’histoire d’amis qui ont contracté le VIH et sont décédés du SIDA, ou qui ont été tués par des clients violents. Le film couvre l’ensemble du spectre de l’expérience, et chaque femme s’exprime de manière éloquente sur les clients qui ne peuvent pas être honnêtes avec eux-mêmes, leurs relations compliquées avec les amis, la famille et les femmes cisgenres, l’héritage de l’esclavage et leurs rasoirs électriques portatifs préférés.
- Le film présente plusieurs femmes trans noires ayant travaillé comme travailleuses du sexe.
- Réalisé par D Smith, une ancienne productrice de l’industrie musicale et femme transgenre.
- Le documentaire est tourné dans un style monochrome chaleureux qui accentue le glamour des interviewées.
- Liyah Mitchell raconte une anecdote horrifiante mais drôle où elle a attaqué un client armé d’un pistolet par peur d’être tuée.
- Le film aborde les aspects sombres du travail du sexe tels que l’insensibilisation émotionnelle et les risques graves auxquels les travailleuses sont exposées.
- Les femmes dans le documentaire parlent également de leurs relations avec leurs clients, leur famille et leurs amies cisgenres, ainsi que de l’héritage de l’esclavage.
La formation musicale de D Smith se reflète dans le montage du film, où des séquences d’interview en gros plan alternent avec des images des femmes dansant, posant et flirtant avec la caméra, ou s’embrassant avec leurs petits amis stables. Selon une interview sur NPR, le titre du film provient d’une chanson de Kokomo Arnold, un artiste des années 1930. La chanson, intitulée « Sissy Man Blues », demande au Seigneur d’amener au locuteur excité un « homme efféminé » s’il ne peut pas avoir de femme. C’est une trouvaille délicieuse qui suggère les profondes racines de la bisexualité et de l’identité trans dans la culture noire. Avec ses 78 minutes enjouées, il s’agit également de l’un de ces rares films que l’on serait heureux de voir durer plus longtemps, d’autant plus que l’une des interviewées, Koko Da Doll, qui exprime sa joie de se produire dans un bar de strip-tease réservé aux personnes transgenres, a été tuée par balle en avril dernier.
Le 4 août, « Kokomo City » sort dans les cinémas britanniques et irlandais.
