Un jeune homme de 22 ans, au centre d’une polémique politique sur les violences policières en France, a donné une interview vidéo dans laquelle il détaille l’ampleur de ses blessures après qu’une partie de son crâne a été retirée lors d’une première opération chirurgicale.

Hedi, assistant manager de restaurant à Marseille, affirme avoir été frappé à la tête par une grenade de désencerclement tirée par la police dans les premières heures du 2 juillet, puis retenu et frappé par quatre à cinq agents.

Cet incident s’est produit alors que la France faisait face à plusieurs nuits d’émeutes après la mort de Nahel, un garçon de 17 ans d’origine algérienne abattu par la police lors d’un contrôle routier à Nanterre, en banlieue parisienne, le 27 juin.

Quatre policiers ont été inculpés la semaine dernière pour violence contre Hedi et ont été suspendus. Un des officiers a été placé en détention provisoire avant son procès.

Le directeur de la police nationale, Frédéric Veaux, a déclenché la colère des magistrats, avocats, groupes de défense des droits et politiciens de gauche cette semaine en déclarant dans une interview au Parisien : « En général, je suis d’avis qu’avant un éventuel procès, un policier ne devrait pas être en prison, même s’il a commis de graves fautes ou erreurs dans le cadre de son travail. »

Des centaines d’officiers de police se sont mis en arrêt maladie pour protester contre la détention de ce policier. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, devait rencontrer les syndicats de police jeudi.

Dans une interview vidéo pour Konbini, Hedi, qui a subi un traumatisme crânien grave, une mâchoire cassée et des problèmes de vision à son œil gauche, a déclaré que ses blessures étaient difficiles à supporter et qu’il ne pouvait pas se regarder dans le miroir avec sa tête défigurée.

Il affirme ne pas avoir pris part à des émeutes et que lui et un ami étaient au centre-ville de Marseille lorsqu’ils ont vu une unité de police au coin d’une rue. « Nous leur avons dit ‘bonsoir’. Nous avons compris qu’ils ne voulaient pas nous parler. Puis ça a commencé », a-t-il déclaré. « Alors que je me retournais, j’ai reçu un impact à la tête. Au début, je ne savais pas ce que c’était, je suis tombé par terre. Quand j’ai voulu me relever, ils m’ont attrapé et traîné dans un coin sombre, puis ils ont commencé à me frapper. »

Il affirme qu’un officier l’a maintenu au sol pendant que les autres le frappaient à coups de poing et de matraque. Il dit avoir été laissé sur le sol en train de saigner. Il a réussi à se diriger vers un magasin proche, en vomissant et se souillant, incapable de ressentir son crâne. Les employés du magasin l’ont conduit à l’hôpital où il est tombé dans le coma.

Lors de l’intervention chirurgicale d’urgence, les médecins ont dû retirer une partie de son crâne. Après plusieurs semaines à l’hôpital, il n’a pas encore retrouvé la vue à son œil gauche et doit subir d’autres opérations à venir. Il dit devoir porter un casque pour protéger sa tête et se retrouver souvent dans le noir, sans son ni lumière, en raison de migraines constantes.

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Il affirme avoir dit à la police qu’il était désarmé et avait ses papiers d’identité sur lui et qu’ils pouvaient le fouiller pour vérifier.

Interrogé sur les raisons de l’incident, il déclare : « Je ne peux pas l’expliquer. »

Mathilde Panot, chef du groupe parlementaire du parti de gauche La France Insoumise, a qualifié le récit de Hedi d’insupportable. Elle a tweeté : « J’ai honte pour mon pays. »

Dans une déclaration cette semaine, après les commentaires du directeur de la police, le juge en chef de Marseille, Olivier Leurent, a appelé à « la retenue afin que le pouvoir judiciaire puisse poursuivre l’enquête…libre de toute pression et en toute impartialité. »