En tant que personne qui a été sous les feux de la rampe depuis 15 ans, je suis habituée à la critique et aux attaques. On a beaucoup étudié la haine en ligne – surtout lorsqu’elle vise les femmes, et en particulier les femmes noires. Je sais à quoi m’attendre si je choisis de parler du sexisme et du racisme dans un pays qui refuse d’admettre ses méfaits. Mais je n’aurais jamais cru qu’une célébrité française pourrait me soumettre à une critique persistante devant tout le monde, sans être inquiétée par les personnalités médiatiques qui l’invitent à intervenir dans leurs émissions et plateformes. Je ne pensais pas que je finirais victimisée et jugée pour avoir tenté de dénoncer ce que je ressentais comme du harcèlement.

En 2017, ce personnage public, un philosophe qui apparaît régulièrement à la télévision et à la radio en France, a consacré un segment radiophonique à moi et à des idées qui me sont chères mais avec lesquelles il n’était pas d’accord. Totalement habituée aux débats publics, je n’avais pas réagi outre mesure. Cependant, il a ensuite commencé à me mentionner régulièrement sur Twitter, un comportement auquel j’ai d’abord répondu. Mais réalisant que ses intentions n’étaient pas celles d’un vrai débat, je lui ai demandé de cesser la conversation. Au fil des mois, je lui ai demandé à plusieurs reprises de me laisser tranquille, jusqu’à ce que je bloque finalement son compte.

  • Harassment by a French celebrity has been extensively documented.
  • There was persistent criticism from the philosopher towards Rokhaya Diallo.
  • Rokhaya Diallo asked him to stop multiple times.
  • He continued to mention her on social media, even more than other public figures in France.
  • He filed a criminal complaint seeking €12,000 in damages, leading to Rokhaya Diallo’s trial.
  • She was cleared of all charges, but it cost significant time and money.
  • The French justice system serves the most privileged.

Entre 2019 et 2021, il m’a mentionnée 478 fois, sans presque aucune interaction de ma part. Il en a mentionné plus que n’importe quelle autre personnalité publique en France, y compris Emmanuel Macron ou la dirigeante d’extrême droite Marine Le Pen. Son obsession n’est pas passée inaperçue. Le journal Le Monde a publié une tribune qui condamnait « la constance avec laquelle plusieurs personnalités, dont le philosophe Raphaël Enthoven, attaquent Rokhaya Diallo ». À la télévision, Samuel Laurent, journaliste spécialisé dans le harcèlement en ligne, a salué mon courage face à cette situation. Malgré tout, le philosophe a continué ses attaques.

En 2020, lorsqu’un autre écrivain a tenté de l’inclure dans une conversation que nous avions sur Twitter, j’ai demandé qu’il soit retiré, ajoutant que sa persistance était bien connue. Sur la base de mon tweet, j’ai été inculpée pour diffamation publique et mise en examen. Ces poursuites ont finalement été rejetées par les juges, mais cela a nécessité une défense coûteuse.

En fin de compte, l’affaire m’a beaucoup coûté, en temps et en argent. Mon accusateur bénéficie toujours du soutien des médias traditionnels et peut apparaître dans leurs émissions en toute impunité. Et il a toujours la possibilité de faire appel du jugement – ce qui pourrait si nécessaire me plonger à nouveau dans un tourbillon juridique coûteux.