« Si nous poussons les familles au désespoir, nous pouvons craindre le pire » › Geeky News - 1

Économie

En pleine crise sanitaire, avec envolée de l’inflation, de la dette publique et des prix de l’énergie, l’éminent expert financier Georges Ugeux pose un diagnostic sévère et alarmant. D’ailleurs, il fixe les marchés financiers et la bourse des casinos.


Entretien avec Frédéric Loore

De 1996 à 2003, le Belge Georges Ugeux a dirigé la Bourse de New York. Il a ensuite fondé une banque d’investissement spécialisée dans le conseil financier et stratégique indépendant, qu’il dirige toujours aujourd’hui. Sur le plan académique, les portes des universités les plus prestigieuses au monde (Columbia, La Sorbonne, Cornell, Harvard, Montréal) sont ouvertes à ce spécialiste de la finance internationale. Georges Ugeux se définit comme un « financier humaniste sans frontières ». Dans son dernier livre, publié par Odile Jacob, Wall Street’s Assault on Democracy, elle explique comment les marchés et le culte des actionnaires augmentent les inégalités.

Paris Match Belgique. Pour amortir l’impact de la pandémie, la Belgique a augmenté le poids de sa dette pour soutenir l’économie et, désormais, la reprise. Était-ce la bonne voie à suivre, à votre avis?
Georges Ugeux. Toutes les économies occidentales ont eu recours à l’emprunt. Qu’il s’agisse de grandes entreprises ou de gouvernements. L’objectif est de soutenir l’économie et de financer la croissance, mais la conséquence est en effet l’affaiblissement du système financier qui atteint désormais des niveaux d’endettement colossaux. En mars 2020, les plans de relance économique étaient insensés : 16 000 milliards de dollars d’interventions et 9 000 milliards d’augmentations des bilans des banques centrales. Le tableau de la situation actuelle est assez clair et la question est maintenant de savoir comment les gouvernements et les banques centrales entendent réduire cette dette. Certes, des intentions louables ont présidé à cette politique, mais force est de reconnaître qu’une grande partie de ces capitaux ont fini sur les marchés financiers, aidés par les taux bas des banques centrales. Il y a eu un effet de mâchoire qui a contribué à enrichir les actionnaires en période de récession, de chômage et maintenant d’inflation.

L’Europe est-elle dans une phase de « japonisation », sachant que les Japonais sont les champions du monde de la dette publique ?
Rendons au moins justice à l’Europe et reconnaissons qu’avant le début de la pandémie de coronavirus, elle avait commencé à rembourser ses dettes. Ensuite, pour des raisons sur lesquelles il y aurait beaucoup à dire, Mario Draghi, suivi de Christine Lagarde (NDLR : les deux derniers dirigeants de la Banque centrale européenne), ont tous deux mené une politique monétaire qui a conduit à l’imprimerie, qui constitue un forme d’expropriation de l’épargne au profit des emprunteurs. Cependant, la majeure partie des emprunteurs sur le marché européen sont des gouvernements, des banques et, dans une moindre mesure, de grandes entreprises. Il en résulte une situation de déséquilibre et d’inégalité dont les effets se font durement ressentir en termes de croissance, affectant ainsi le bien-être des populations. Je suis profondément convaincu que les banques centrales se sont trompées de scénario économique. Ils croyaient à une forte reprise de l’activité économique et donc ils ont mis le plus d’argent possible et imaginable dans le système. Sauf que ça ne s’est pas passé comme ça. Et maintenant, ils ne peuvent pas le comprendre. Malgré tout, l’Europe maintient le cap de sa politique monétaire, voulant croire que les taux d’intérêt apporteront la reprise économique. Pour moi, il est encore trop tôt pour dire que la reprise est là et, de plus, je suis très préoccupé par les conséquences économiques de la gestion de la pandémie par tous les gouvernements, notamment en Europe.

« Je ne veux pas faire de pronostics hasardeux, explique Georges Ugeux, mais on voit partout la population descendre dans la rue, revendiquer fortement sur différents sujets. © Photo par Karim Ait Adjedjou / Avenir Pictures / ABACAPRESS.COM

Qu’est-ce qui vous inquiète dans cette gestion ?
En 2020, nous avons pu vérifier que les différentes formes de restriction de l’activité économique – confinement, interdiction de voyager, ralentissement industriel, etc. – avaient de lourdes conséquences. Pourtant, aujourd’hui, nous parlons exactement le même langage qu’à l’époque et nous avons pris les mêmes décisions qui ont pourtant conduit à une déflation en Europe, tirée par des taux d’intérêt très bas. N’avons-nous vraiment rien compris, nous n’avons rien appris de ce qui s’est passé ? Ce qui était justifiable début 2020 ne l’est plus à la veille de 2022. Rien n’a été imaginé, rien n’a été amélioré, à commencer par le système hospitalier.

Que pensez-vous de la proposition de l’économiste français Gaël Giraud, président de l’Institut Rousseau, d’annuler totalement la dette publique contractée par les États membres auprès de la Banque centrale européenne (BCE) ?
Gaël Giraud n’est pas le seul économiste à défendre cette position. De mon point de vue, la restructuration de la dette, comme nous l’avons fait avec la Grèce, ne se justifie pas au niveau européen. Mais au-delà, cette position me gêne car elle m’amène à considérer la dette comme une sorte d’arbre à part entière. Vous n’avez qu’à retirer l’arbre et le problème est résolu. Sauf que dès qu’une dette est créée, il y a forcément un créancier derrière. Et éliminer la dette des États membres de la zone euro envers la BCE aurait des conséquences considérables. Car n’oublions pas qui sont les créanciers des Etats : d’abord le système bancaire et le système international des banques centrales. Si nous voulons créer une nouvelle crise bancaire, dix fois plus forte que celle de 2008, annulons la dette ! Pourquoi certaines personnes choisissent-elles de ne pas voir que lorsqu’un gouvernement émet une dette, elle est nécessairement entre les mains de quelqu’un qui a le droit d’être annulé? Ce que nous voulons? Sortir de l’état de droit et créer une économie de combat ? Je souhaite beaucoup de courage à ceux qui veulent suivre une telle politique, car ils iraient droit au bain de sang.

(…) La suite de l’interview dans votre Paris Match Belgique

Business Consulting Nulled, WeaPlay, Elementor Pro Weadown, PHP Script, Slider Revolution Nulled, Newspaper – News & WooCommerce WordPress Theme, Avada 7.4 Nulled, Fs Poster Plugin Nulled, Wpml Nulled, Elementor Pro Weadown, Flatsome Nulled, Woodmart Theme Nulled, Jannah Nulled , Thème WordPress, Astra Pro Nulled, Rank Math Seo Pro Weadown, Yoast Nulled, Dokan Pro Nulled, Nulledfire, Wordfence Premium Nulled, Woodmart Theme Nulled, Consulting 6.1.4 Nulled, Jnews 8.1.0 Nulled, Premium Addons for Elementor, Plugins, Cartes-cadeaux PW WooCommerce Pro annulées, WP Reset Pro, Annonce de produit personnalisé Woocommerce, Journal 11.2