L'exode des infirmières au Zimbabwe laisse les hôpitaux vides – Science et Avenir › Geeky News - 1

Elles sont épuisées et démoralisées après des années de travail acharné pour de maigres salaires dans des hôpitaux démunis : au Zimbabwe, Virginie, Joséphine et bien d’autres infirmières ne rêvent que d’expulsion pour quitter un système de santé moribond.

Son uniforme bleu d’infirmière encore sur le dos, Virginia Mutsamvira choisit la recette du jour à l’épicerie qu’elle tient dans sa maison près de la capitale Harare avant d’aller nourrir poules et lapins : vu son salaire, elle n’a pas le choix et elle multiplie gains aléatoires.

Virginia, 52 ans, vient de rentrer d’un poste exténuant de 12 heures dans une clinique de Cold Comfort, un quartier pauvre près de la capitale Harare. Elle y traite, dit-elle, quatre fois plus de patients que le calibre idéal.

Virginia Mutsamvira, une infirmière de 52 ans originaire du Zimbabwe, montre les œufs qu’elle vend dans son épicerie à son domicile près de Harare, la capitale du Zimbabwe, le 25 avril 2022 (AFP – Jekesai NJIKIZANA)

« Il y a très peu d’infirmières », dit-elle en s’enfonçant dans son canapé marron. « C’est épuisant. Et c’est frustrant parce que nous ne pouvons pas fournir des soins de qualité.

Elle suivra bientôt l’exemple des près de 1 800 infirmières – plus de 10% du personnel des hôpitaux publics du pays – qui ont émigré l’année dernière, principalement au Royaume-Uni. Elle doit subvenir aux besoins de sa famille de huit personnes et « pourvoir à (sa) retraite », explique-t-elle à l’AFP.

Virginia a déjà réussi l’examen d’anglais requis pour un visa au Royaume-Uni, où les salaires sont dix fois plus élevés que les 190 € par mois en moyenne payés au Zimbabwe. Après le Brexit, les règles d’immigration ont été assouplies pour attirer les infirmières et les soignants.

Le système de santé zimbabwéen est à l’agonie. A l’image de l’économie du pays, plombée par une grave crise depuis dix ans. Nourriture, électricité, carburant, tout manque. Ceux qui restent sur les horloges pour combler les lacunes de l’horaire.

Une infirmière sert de la nourriture à un patient dans un hôpital près de Harare, la capitale du Zimbabwe, le 26 avril 2022. (AFP – Jekesai NJIKIZANA) #

Joséphine Marare a travaillé pendant vingt ans au Sally Mugabe State Hospital, l’un des plus grands du pays. « Nous sommes constamment débordées car beaucoup d’infirmières partent », déplore-t-elle.

Un manque chronique d’équipement pousse son moral à bout. « Imaginez que vous travaillez dans un hôpital où il n’y a pas de pansements, pas d’eau et pas de médicaments de base comme des analgésiques », dit l’infirmière. Si elle trouve de l’argent pour un visa, elle partira, « comme tout le monde ».

Cet exode entraîne de nouvelles demandes de passeports. Dans la capitale, avant l’aube, des files d’attente s’alignent devant les bâtiments administratifs qui les livrent.

– À bout de souffle –

Virginia Mutsamwira, une infirmière zimbabwéenne de 52 ans, chez elle près de Harare, la capitale du Zimbabwe, le 25 avril 2022 (AFP - Jekesai NJIKIZANA)Virginia Mutsamwira, une infirmière zimbabwéenne de 52 ans, chez elle près de Harare, la capitale du Zimbabwe, le 25 avril 2022 (AFP – Jekesai NJIKIZANA)

Certaines des infirmières les plus qualifiées acceptent des postes subalternes lorsqu’elles sont à l’étranger, explique Simbarase Tafirenika, président du syndicat des infirmières. « Au Royaume-Uni, une infirmière gagne beaucoup plus qu’une infirmière ici », explique-t-il.

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Il souligne que la raison principale de cet exode est « les bas salaires ». « Les gens doivent payer l’école, mettre de la nourriture sur la table. Si quelqu’un en a l’occasion, il s’en va.

Interrogé par l’AFP, le conseil de santé du gouvernement, qui évalue et nomme le personnel médical, admet que le départ d’autant d’infirmiers réduit la qualité des soins. « Perdre des employés expérimentés est toujours difficile », déclare Livingston Mashang, porte-parole de l’entreprise.

Leur site Web s’ouvre sur une photo d’infirmières et un message audacieux : « Nous embauchons ». Le recrutement et la formation ont commencé. Les retraités ont repris le travail.

Au Royaume-Uni, la pandémie de Covid a créé une demande supplémentaire d’infirmières, d’autant que le Brexit a drastiquement réduit le nombre d’arrivées en provenance d’Europe.

Une infirmière dans un hôpital de Harare, la capitale du Zimbabwe, le 26 avril 2022 (AFP - Jekesai NJIKIZANA)Une infirmière dans un hôpital de Harare, la capitale du Zimbabwe, le 26 avril 2022 (AFP – Jekesai NJIKIZANA)

Lorsque Jason Mutambara, 45 ans, a touché son premier salaire, l’équivalent de 3 200 euros en Angleterre, il a eu l’impression d’avoir « gagné à la loterie ».

« Pour le moment, nous ne pensons même pas à y retourner », dit l’infirmière. Il est parti il ​​y a un an et peut maintenant payer facilement les études de ses quatre enfants.

Le Royaume-Uni devrait continuer à embaucher du personnel dans les années à venir. Son système de santé (NIH) fait face à une pénurie de personnel de 93 000 employés, selon un rapport publié en juin par le groupe de réflexion de la Health Foundation. Parmi ceux-ci, environ 42 % sont des infirmières.