La visite d’État du roi Charles et de la reine Camilla en France renforce les liens bilatéraux

Paris et Bordeaux ont été pris d’assaut par le roi Charles et la reine Camilla lors de leur visite d’État en France. Ce voyage promettait d’être une occasion de bons mots et de cordialité, comme le veut la diplomatie. Cependant, sur l’échelle de l’affabilité, les chefs d’État britannique et français ont obtenu une note élevée. Après tout, la France est le pays que la reine Elizabeth II a le plus souvent visité lors de son long règne, et où elle a effectué cinq visites d’État. L’affection entre les deux pays est profonde.

Si jamais il existait une règle qui interdisait de toucher le monarque, cette règle est morte dans les rues de Paris mercredi après-midi. Ou peut-être qu’une nouvelle règle est née : seul un président français peut toucher le souverain britannique. Ils n’ont pas été aussi loin que leurs épouses, qui se sont embrassées sur les joues dès le premier regard, mais Emmanuel Macron et le roi se touchaient souvent le dos et les bras pendant les deux jours passés ensemble. Cela n’avait pas l’air d’une familiarité malvenue, mais plutôt d’une affinité chaleureuse entre les deux hommes. Un changement très bienvenu après les épisodes désastreux de Boris Johnson et Liz Truss, qui ont vu la relation bilatérale entre nos gouvernements se détériorer de plus en plus.

Comme la Grande-Bretagne, la France possède un savoir-faire exceptionnel en matière de faste et de cérémonie. Cette visite d’État a été marquée par plusieurs moments mémorables, qui ne figuraient pas forcément au programme prévu à l’avance. Ce sont souvent les moments improvisés qui restent dans les livres d’histoire et dans notre mémoire collective. Par exemple, sous l’Arc de Triomphe, les chanteurs de la chorale de l’armée française ont chanté God Save the King de la même manière qu’ils chantent habituellement La Marseillaise : a cappella, avec une vigueur militaire qui contraste frappamment avec la manière dont elle est chantée en Grande-Bretagne. Je parie que Charles a été un peu secoué par une interprétation aussi émouvante et inattendue.

Quelques heures plus tard, c’était à notre tour d’être surpris. Dans les rues près du palais de l’Élysée, Macron et Charles ont salué des membres du public qui attendaient de les apercevoir. Beaucoup ont commencé à crier « Vive le Roi ! » : une phrase qui n’avait plus été entendue en France depuis plus de 150 ans. J’ai ressenti un vertige mental. Et du fond de l’histoire, je me suis soudain souvenue que nous aurions pu être nous aussi une monarchie constitutionnelle si la révolution avait pris une autre direction. Nous, peuple régicide, nous écriions « Vive le Roi ! » Incroyable. Puis, il y a eu ce dîner magistral dans la galerie des Glaces à Versailles, où Mick Jagger, Ken Follett, Charlotte Gainsbourg, Arsène Wenger, Hugh Grant, Patrick Vieira et Christopher Hampton, entre autres, ont côtoyé la royauté et ont levé leur verre à notre entente inébranlable.

Les festivités se sont poursuivies. Le quotidien Libération a consacré sa première page à « Charly à Paris », tandis que les caméras de télévision ont capté Brigitte Macron et la reine jouant au ping-pong lors d’une visite dans un complexe sportif à Saint-Denis. Très Jacques Tati. Bien sûr, des événements bien plus importants se déroulaient sur le front ukrainien, en Libye, à Lampedusa et à l’Assemblée générale de l’ONU. Cependant, cette visite d’État ne se résumait pas qu’à des discussions futiles et des robes du soir. La biodiversité et la crise climatique ont été longuement abordées par Macron et le roi, et ont occupé une place importante dans les discours de ce dernier, notamment celui qu’il a prononcé devant les parlementaires français, un honneur accordé pour la première fois à un souverain britannique. Dommage que cela se soit produit en même temps que l’annonce par Rishi Sunak de son revirement sur la neutralité carbone. L’ironie cruelle n’a pas échappé à Paris, bien sûr. Et les images de Charles III lors d’une visite prévue à la dune du Pilat près de Bordeaux, dévastée par un incendie l’année dernière, contrasteront certainement avec les positions moins ambitieuses du gouvernement britannique en matière d’environnement.

La diplomatie de haut niveau et les visites d’État jouent sur les symboles plutôt que sur la monnaie sonnante et trébuchante, mais la visite du roi en France a donné un coup de fouet nécessaire aux relations bilatérales. Comme le souligne l’éditorial du Monde, le Brexit a agi comme une « bombe de fragmentation lente, provoquant à la fois une rupture institutionnelle historique et un sentiment d’éloignement, voire de mépris » de la part de la Grande-Bretagne envers l’Europe. Aujourd’hui, le « resserrement de nos liens, relâchés par le Brexit, est une absolue nécessité. C’est aussi une bataille politique qui exige constance et cohérence ». Espérons que Charles en fasse part à Sunak lors de leur prochaine réunion hebdomadaire. L’espoir fait vivre.

  • Agnès Poirier est une commentatrice politique, écrivaine et critique pour la presse britannique, américaine et européenne.