Une semaine mouvementée pour EDF
La démission de Thomas Piquemal en 2016, au cœur de l’histoire agitée de Hinkley Point C, occupe une place mineure mais mérite d’être mentionnée héroïquement, à tel point que EDF, le développeur de la centrale nucléaire dans le Somerset, a annoncé de nouveaux dépassements budgétaires et des retards supplémentaires.
- Piquemal était le directeur financier d’EDF qui avait pris un avis dissident dans le conseil d’administration français selon lequel signer précipitamment un contrat avec le gouvernement britannique pour construire Hinkley serait un risque trop grand pour son employeur endetté. L’avenir financier de l’entreprise d’énergie pourrait être mis en péril, aurait-il dit.
- En effet, la pleine nationalisation d’EDF par l’État français en 2022 était due à d’autres raisons – le coût de la réparation des centrales nucléaires domestiques et la vente forcée d’énergie à perte pour subventionner les factures des consommateurs français, mais Hinkley a représenté un fardeau financier de plus en plus lourd. Alors qu’en 2016, la centrale devait coûter 18 milliards de livres, le coût actuel est estimé à environ 35 milliards de livres, soit environ 46 milliards de livres en argent d’aujourd’hui. Vraiment, Piquemal avait raison.
C’est pourquoi il n’est pas surprenant qu’un différend diplomatique divertissant se profile autour de Hinkley, les responsables français suggérant au Financial Times que le Royaume-Uni pourrait vouloir contribuer à hauteur d’un milliard pour combler le déficit budgétaire. Un argument dit que, puisqu’EDF est également censé prendre une participation allant jusqu’à 20% dans la centrale Sizewell C en Suffolk, les deux problèmes de financement pourraient être associés.
Un autre point est que le Royaume-Uni a aggravé la douleur financière à Somerset en abandonnant la société étatique chinoise CGN (détenteur d’un tiers de Hinkley) en tant qu’investisseur à Sizewell. Un CGN mécontent, qui devait sa présence à l’amour grotesque avec Pékin sous David Cameron et George Osborne, refuse désormais d’investir davantage dans Hinkley.
Malgré tout, la position du Royaume-Uni semble excellente dans ce conflit naissant. Comme l’avertissement de Piquemal l’a démontré, EDF savait exactement ce qu’il signait en 2016. Le marché était simple : le Royaume-Uni achèterait la production de Hinkley pendant 35 ans à des conditions liées à l’inflation qui, à l’époque (mais plus maintenant), étaient considérées comme extrêmement généreuses. En échange, les développeurs étaient seuls responsables des dépassements de coûts pendant la construction.
Personne n’a jamais douté du caractère étanche du contrat. Le directeur général d’EDF à Hinkley a publié une vidéo cette semaine pour expliquer les dépassements de coûts et les retards et a déclaré : « Rien de tout cela n’affecte les contribuables ou les consommateurs britanniques ».
- On pourrait imaginer une situation dans laquelle le Royaume-Uni accepterait de prêter main-forte en achetant une participation au capital de Hinkley à des conditions commerciales. Malgré des coûts plus élevés, le taux de rendement interne prévu sur la longue durée de vie de la centrale est toujours autour de 7%. Mais il semble qu’il n’y ait aucune obligation pour le Royaume-Uni de négocier.
- Les besoins de financement de Sizewell compliquent-ils la politique concrète? Possiblement. Le Royaume-Uni veut attirer des capitaux extérieurs vers le projet de Suffolk, et une altercation appropriée de part et d’autre de la Manche ne servirait pas la cause, EDF étant non seulement un investisseur minoritaire, mais aussi un important fournisseur à Sizewell (mais, contrairement à Hinkley, pas le développeur lui-même).
- Cependant, le Royaume-Uni dispose de bonnes cartes : les deux projets ont des modèles de financement différents (les facturations au Royaume-Uni sont exposées aux dépassements de coûts à Sizewell), et l’industrie nucléaire française veut probablement toujours les commandes multimilliardaires pour des équipements vitaux à Sizewell, notamment les réacteurs.
- La question plus profonde sur Sizewell est de savoir s’il est rentable si, lui aussi, devait coûter environ 40 milliards de livres. Une réponse succincte est que si le Royaume-Uni s’engage à construire 24 gigawatts de capacité nucléaire d’ici 2050, soit suffisamment pour répondre à un quart de la demande nationale en électricité, il n’y a pas aujourd’hui d’alternative prête. Mais les problèmes budgétaires de Hinkley doivent être gardés à part. À Somerset, EDF est tenu pour responsable, tout comme il a été prévenu.

Grand fan de mangas et d’animes, je n’aime bien écrire qu’à propos de ses sujets, c’est pour ca que j’écris pour 5 minutes d’actus. Au quotidien de décortique, donne mes avis sur les différents épisodes et chapitres des mangas que j’aime lire.
