La Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France pour son refus de rapatrier des Françaises qui se sont rendues en Syrie avec leurs partenaires pour rejoindre l’État islamique et qui sont actuellement détenues avec leurs enfants dans des camps de prisonniers dirigés par des Kurdes.
La décision sera étudiée de près par d’autres pays qui ont encore des citoyens détenus dans des camps du nord-est de la Syrie, dont le Royaume-Uni.
Le tribunal de Strasbourg – qui n’est pas une instance de l’Union européenne – a jugé que Paris devait réexaminer rapidement les demandes des parents des deux femmes pour qu’elles soient autorisées à rentrer en France avec les enfants qu’elles ont mis au monde en Syrie. Les juges ont estimé que le refus de la France de rapatrier les femmes et les enfants constituait une violation du droit d’une personne « d’entrer sur le territoire de l’État dont elle est ressortissante ».
La décision n’accordait pas un droit général au rapatriement, mais indiquait qu’il devrait y avoir des garanties contre toute prise de décision potentiellement « arbitraire ». Il a déclaré qu’un organisme indépendant devrait être en mesure d’examiner les décisions prises au sujet des individus. La France n’a pas fourni suffisamment d’examens pour s’assurer que son refus de rapatrier n’était pas arbitraire. La France doit maintenant réexaminer les cas des femmes et de leurs enfants et apporter des garanties sur son processus décisionnel.
Les familles des deux Françaises avaient fait valoir que leur détention prolongée en Syrie les exposait, elles et leurs enfants, à des traitements inhumains et dégradants, et violait leur droit au respect de la vie familiale.
Les deux femmes avaient quitté la France pour la Syrie en 2014 et 2015 alors qu’elles avaient la vingtaine. Aujourd’hui dans la trentaine, l’une a deux enfants de huit et six ans, l’autre a un enfant de trois ans. Ils vivaient sur le territoire de l’EI où ils ont été capturés en 2019 et seraient détenus avec leurs enfants en Syrie depuis lors, dans des camps tels que ceux d’al-Hawl et d’al-Roj.
Les parents qui avaient déposé un dossier pour qu’ils soient renvoyés en France avaient déclaré que la malnutrition et les maladies sévissaient dans les camps. Les organismes de surveillance des droits de l’homme ont averti que dans les camps, les gens sont confrontés à la faim, à la soif, à de mauvaises conditions sanitaires, à des abris inadéquats et à la menace de violence et d’exploitation.
Un père qui avait porté plainte pour sa fille a déclaré à la radio France Inter : « Je suis soulagé, car c’est un combat de trois ans ». Il a dit qu’il était remarquable que l’affaire ait dû aller jusqu’à la CEDH. Il a dit de sa fille et de sa petite-fille dans le camp : « J’espère qu’ils ne passeront pas un autre hiver là-bas.
La France, qui a vu plus de ses citoyens rejoindre l’EI en Syrie que tout autre pays européen et a subi une série d’attentats terroristes meurtriers depuis 2015 qui ont tué plus de 250 personnes, a résisté pendant des années aux appels des groupes de défense des droits humains à rapatrier les femmes qui ont quitté rejoindre l’EI. La France les considérait comme des « combattants » qui devaient être jugés là où ils étaient accusés d’avoir commis des crimes. Paris avait fait valoir que les citoyens qui rejoignaient les réseaux djihadistes en Syrie et en Irak poseraient des risques pour la sécurité s’ils retournaient chez eux.
La France a d’abord mis en place une politique au cas par cas de retour des enfants en France sans leur mère. Mais ces derniers mois, Paris a changé d’approche. En juillet, Paris s’est déplacé pour rapatrier 16 femmes et 35 enfants, dont certains orphelins, dans des avions affrétés. A leur arrivée en France, huit femmes ont été placées en garde à vue pour interrogatoire et les huit autres ont été placées en garde à vue. Les enfants ont été confiés aux services sociaux.
En réaction à l’arrêt de Strasbourg de mercredi, le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a cité les rapatriements de cet été, affirmant que la France n’avait « pas attendu la décision de la Cour européenne » pour « avancer » et que chaque dossier serait examiné « méticuleusement ».
On estime qu’il y a encore environ 100 femmes françaises et 250 enfants dans les camps de prisonniers syriens.
Il est apparu cette semaine que parmi les personnes rapatriées en juillet figurait la veuve de l’un des assaillants de la salle de concert du Bataclan à Paris en novembre 2015, où 90 personnes avaient été tuées lors d’un concert de rock. La femme a été accusée d’association avec des terroristes.
La plupart des femmes et des enfants dans les camps ont été capturés par des combattants kurdes syriens, des troupes terrestres de la coalition dirigée par les États-Unis contre le groupe terroriste, alors qu’ils fuyaient le territoire de l’EI après la chute de Baghuz en 2019.
Le Royaume-Uni a également subi des pressions de la part de députés et de groupes de défense des droits humains pour rapatrier les femmes et les enfants des camps syriens. Jusqu’à présent, le Royaume-Uni a rapatrié quelques enfants des camps, mais pas de femmes.
On estime que 15 à 20 personnes et leurs familles originaires de Grande-Bretagne font partie des personnes détenues dans le nord-est de la Syrie, dont certaines dont la citoyenneté a été retirée.
La Grande-Bretagne continue d’affirmer que les femmes constituent une menace pour la sécurité nationale. Dans le cas de certains, dont Shamima Begum, qui a quitté Londres à l’âge de 15 ans avec deux camarades de classe, le gouvernement a retiré leur citoyenneté britannique.
D’autres pays européens comme la Belgique et l’Allemagne ont récupéré la plupart de leurs citoyens partis rejoindre la lutte jihadiste en Syrie.

Grand fan de mangas et d’animes, je n’aime bien écrire qu’à propos de ses sujets, c’est pour ca que j’écris pour 5 minutes d’actus. Au quotidien de décortique, donne mes avis sur les différents épisodes et chapitres des mangas que j’aime lire.
