Un voyage émotionnel à la recherche des racines familiales
Stefan Pavlovic, un cinéaste montréalais d’origine bosnienne, a ressenti le besoin de renouer avec ses racines familiales, un désir lié aux bouleversements politiques et aux déplacements. Partant pour Orah, un petit village en Bosnie-Herzégovine, il crée un lien avec Zdravko, un pêcheur solitaire piégé dans la mer de l’histoire. Son documentaire poétique prend la forme d’un pèlerinage visuel, mêlant la tranquillité pittoresque du lieu à des récits bouleversants qui révèlent les plaies ouvertes du passé.
Ici, les mots portent autant de poids thématique que les images. Les sous-titres des conversations en bosnien entre Pavlovic et Zdravko servent d’extension aux pensées intérieures du cinéaste. Les phrases inconnues de Zdravko sont mises en avant, exprimant ainsi l’incompréhension de Pavlovic. Accompagnée de plans expressionnistes du paysage, la lecture des monologues internes de Pavlovic est conçue avec une subjectivité similaire ; lorsqu’il bute sur certaines syllabes, le texte à l’écran ainsi que les images clignotent. Ces glitchs métatextuels reflètent profondément la relation fragmentée de Pavlovic avec la langue maternelle de sa famille. L’écart qui le sépare de son patrimoine n’est pas seulement géographique et historique, mais aussi linguistique.
Des ruptures similaires se retrouvent dans la vie du pêcheur. Ayant perdu un œil et une partie de son ouïe en tant que soldat pendant la guerre de Bosnie, il reste traumatisé et incapable de s’adapter à la vie civile. L’exil auto-imposé de Zdravko dans une église abandonnée reflète la nature incommunicable et aliénante du SSPT. Mais même lorsque le langage échoue face à la tourmente psychologique et au décalage, des moments d’intimité entre les deux hommes expriment magnifiquement une compréhension qui va au-delà des mots.
