Un portrait dynamique et intime réalisé sur une période de 13 ans, le film de Lea Glob retrace également l’évolution de deux femmes : celle devant la caméra et celle derrière. Née dans un théâtre bohémien parisien fondé par ses parents, Apolonia Sokol semblait destinée à faire carrière en tant qu’artiste, même si son parcours vers la reconnaissance est loin d’être facile.

Issue de l’ultra prestigieuse École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, Sokol possède cependant une sensibilité plus underground. Menacée d’expulsion, elle a transformé le théâtre délabré – son lieu d’enfance – en un sanctuaire pour les artistes et les militants. Ses peintures grand format de ses amis et connaissances les montrent dans un état de repos, mais l’énergie de Sokol est tout sauf calme. Toujours en mouvement d’une aventure à une autre, elle se rend en Amérique pour être sponsorisée par le collectionneur Stefan Simchowitz, surnommé par le New York Times « Le Satan Patron du Monde de l’Art ». Son approche industrielle du mécénat artistique, qui exige que Sokol produise 10 peintures en un mois, la laisse rapidement désillusionnée.

Ce chapitre de la vie de Sokol expose brillamment les hypocrisies capitalistes du monde de l’art, toujours avide de dévorer de nouveaux talents prometteurs. Cependant, le ton du film de Glob est loin d’être cynique ; il reste optimiste et inspirant alors que Sokol continue de tracer son propre chemin. Alors que le style de Sokol mûrit, la direction de Glob devient également plus sûre. Le début hésitant, où le récit du réalisateur fait essentiellement tout le travail, devient peu à peu plus cohérent sur le plan stylistique. Progressivement, les mots de Glob cessent de simplement narrer la vie de Sokol et deviennent des réflexions philosophiques sur une amitié inhabituelle, sur la féminité et sur l’art très difficile de vivre.

Apolonia sort le 3 novembre au Bertha DocHouse, à Londres.