L’Adamant est à la fois le décor et la star du film qui a rapporté au réalisateur Nicolas Philibert un prix surprise lors du festival du film de Berlin cette année. Mais dans ce documentaire captivant, cette institution – un centre de soins flottant pour les personnes souffrant de problèmes de santé mentale amarré sur la Seine – reste en quelque sorte un mystère. Les films lents et modestes de Philibert n’utilisent pas de narration, et en l’absence d’une voix de contextualisation, on pourrait supposer qu’il est terrible d’inviter des patients potentiellement vulnérables dans un centre entouré d’eau. Ce n’est que lorsque vous traversez la passerelle métallique et entrez dans la réception de la longueur du navire que le concept commence à prendre sens. Eric Piel, le psychiatre qui a conçu l’Adamant et supervisé sa construction en 2010, a insisté pour que le centre ait le moins de murs possible (les seules portes que j’ai ouvertes lors de mes quatre heures passées là-bas étaient la salle d’un thérapeute et les toilettes). L’espace de trois étages est étonnamment aéré : la lumière du soleil rebondit sur l’eau et traverse les fenêtres à claire-voie, peignant des traits animés sur les murs en bois lambrissés. Le bruit assourdissant de la circulation sur les trois voies du quai de la Rapée et les querelles d’ivrognes sous le pont Charles-de-Gaulle semblent loin. C’est un endroit qui apaise les nerfs.