Le Japon vieillit plus rapidement que tout autre pays du monde, avec l’une des espérances de vie les plus élevées. Les femmes vivent en moyenne jusqu’à 87 ans et les hommes jusqu’à 81 ans. Près de 40% de la population a plus de 60 ans, une proportion qui devrait continuer à augmenter à mesure que la population diminue. Les couples au Japon ont maintenant en moyenne seulement 1,3 enfant, bien en dessous des 2,1 enfants nécessaires pour maintenir la stabilité de la société.

Autrefois, les personnes âgées étaient en haut de la hiérarchie sociale, le gouvernement allant même jusqu’à instaurer une journée nationale pour honorer leurs contributions à la société. Mais ce n’est plus le cas. Fumio Kishida, Premier ministre du pays, a récemment déclaré que la population vieillissante représentait un « danger urgent pour la société ». Il a annoncé la création d’une nouvelle agence gouvernementale pour résoudre le problème, affirmant que « le Japon est sur le point de savoir si nous pouvons continuer de fonctionner en tant que société ».

Le Japon ne considère plus ses aînés comme une priorité. Chie Hayakawa présente dans son nouveau film, Plan 75, une politique que l’agence gouvernementale pourrait essayer: l’euthanasie volontaire pour les plus de 75 ans. Au lieu d’être un fardeau, une nuisance qui draine les ressources, quelqu’un de 75 ans peut simplement se mettre entre les mains calmes et efficaces de l’État et s’éteindre sans douleur. Ceux qui ont de l’argent et une famille peuvent le faire après un forfait premium de deux jours, avec des traitements de spa et des repas spéciaux. Ceux qui ne le peuvent pas reçoivent suffisamment d’argent pour payer les frais funéraires de base avant de s’allonger sur un lit de camp dans une pièce sombre et silencieuse divisée par des rideaux où ils s’endormiront paisiblement.

Ce thème peut sembler gothique ou dystopique, mais Chie Hayakawa dit que son film est un drame humain. Les ripples provoquées par le programme s’étendent à travers la société qui le tolère. Ce qui est particulièrement intéressant dans le film, c’est le refus de Hayakawa de prendre parti pour ou contre l’euthanasie ou le suicide assisté. Le film pose plutôt la question à propos d’une société qui propose la mort au lieu d’aider les personnes vulnérables à se sentir moins isolées ou effrayées.

Hayakawa explique que les Japonais ont adopté une approche d’auto-responsabilité, qui signifie qu’ils doivent prendre soin d’eux-mêmes plutôt que de compter sur le gouvernement ou d’être un fardeau pour la société. Cette pression vient du gouvernement et des médias, créant de la honte chez ceux qui ont besoin d’aide sociale. Cela les rend encore plus désespérés, mais cela infecte également les générations plus jeunes, créant une grande resentment envers tous les plus âgés.

Plan 75 de Hayakawa présente un monde où la solution proposée par l’État semble raisonnable lorsque l’on considère les problèmes sociaux auxquels il est confronté. Le sentiment de culpabilité de ceux qui laissent ce programme prendre place les fait souffrir. Les jeunes qui font partie de Plan 75 ne haïssent pas les plus âgés. Ils sont inhumains mais pas inhumains: ils sont compatissants et bienveillants envers les personnes âgées qu’ils renvoient à une mort anticipée.

En fin de compte, Hayakawa espère que son film fera réfléchir les gens. Il ne s’agit pas de choisir quand mourir, mais d’avoir des options. Elle veut que les gens aient plus d’imagination quant aux façons de traiter les personnes âgées et les personnes vulnérables. Elle soulève également la question de savoir s’ils peuvent redevenir une partie bien intégrée de la société, plutôt que d’être rejetés par cette dernière.