Des promesses non tenues, des opportunités manquées et un échec à voir l’ensemble du tableau : voilà l’histoire de l’approche des pays occidentaux à l’égard des pays en développement ces dernières années. Des fonds pour lutter contre le dérèglement climatique ont été promis mais non débloqués. Les vaccins ont été thésaurisés. Les budgets d’aide ont été réduits.
Quel que soit le point de vue adopté – qu’il soit géopolitique, économique, humanitaire ou écologique – l’indifférence à ce qui se passe ailleurs est désastreuse. Si l’Occident veut contrer l’influence de Pékin en Afrique, sécuriser les matières premières et les métaux dont il a besoin pour sa révolution industrielle verte, prévenir une crise de la dette et avoir la moindre chance de lutter contre le réchauffement climatique mondial, il doit rapidement améliorer sa performance.
Aucune question, la vie dans les pays développés a été difficile récemment. L’inflation élevée a érodé le niveau de vie. La hausse des taux d’intérêt a rendu plus difficile le remboursement des dettes par les ménages et les gouvernements. L’argent se fait rare. Tout le monde le comprend.
Mais si la vie est difficile en Occident, elle l’est encore plus dans le monde en développement et émergent. Comme la Banque mondiale l’a clairement indiqué dans sa mise à jour sur l’économie mondiale la semaine dernière, ce sont les pays pauvres qui sont les plus grands perdants de l’impact combiné de la pandémie de Covid, de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et des mesures anti-inflationnistes prises par la Réserve fédérale américaine et d’autres banques centrales occidentales. À juste titre, les pays en développement regardent avec inquiétude les éléments protectionnistes de l’Inflation Reduction Act de Joe Biden et la réponse proposée par l’Europe. Ils veulent faire partie de la révolution industrielle verte, et non en être exclus par des décisions politiques égoïstes à Washington et à Bruxelles.
Tandis que les pays occidentaux étaient préoccupés par leurs propres problèmes, la situation dans le Sud global n’a cessé de s’assombrir. L’objectif des Nations unies d’éliminer l’extrême pauvreté d’ici 2030 sera largement manqué, le nombre de catastrophes climatiques extrêmes augmente et le nombre de pays en détresse financière ou sur le point de l’être augmente.
Pire encore, le système financier mondial est défaillant. Les pays pauvres qui ont emprunté en dollars américains sont punis parce que les taux d’intérêt américains augmentent. L’argent de la Banque mondiale était censé être le catalyseur d’une vague de capitaux du secteur privé pour financer les énergies propres en Afrique, mais il n’arrive pas. Un nouveau système conçu pour accélérer l’allègement de la dette n’est pas adapté.
Tout cela fait du sommet sur le financement du développement d’Emmanuel Macron à Paris plus tard ce mois-ci un événement bien plus important qu’un simple rassemblement. Ou du moins, cela le serait si les dirigeants du monde développé se donnaient la peine d’y assister. Olaf Scholz, le chancelier allemand, prévoit d’y être. Mais il est le seul autre dirigeant du G7 inscrit sur la liste des participants.
L’honneur de Macron. Le président français réalise que les pays pauvres ont besoin de plus de ressources financières pour une croissance durable, et que le système financier mondial doit être réformé pour que cela se produise.
Il n’est pas difficile de comprendre ce qui doit être fait. Pour commencer, il y a des fruits faciles à cueillir. En 2009, les pays développés ont promis de fournir 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour aider les pays pauvres à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à se préparer aux conséquences du réchauffement climatique mondial. Avec un dernier effort, l’engagement pourrait être réussi cette année.
De même, pendant le pic de la pandémie de Covid, le Fonds monétaire international (FMI) a émis une tranche de 650 milliards de DTS (droits de tirage spéciaux) – essentiellement une forme d’argent gratuit pour les pays membres. Les pays riches n’avaient pas besoin du renfort de leurs réserves fourni par les DTS, même s’ils en étaient les principaux bénéficiaires, et le FMI a exhorté les pays riches à recycler 100 milliards de dollars pour aider les pays pauvres. Là encore, l’objectif pourrait être atteint avec un dernier effort.
Ensuite, la Banque mondiale a besoin d’une injection de capital frais afin de pouvoir accorder plus de prêts aux pays en développement. Sous la présidence de David Malpass, la Banque était trop prudente. Le nouveau président, Ajay Banga, doit faire preuve de beaucoup plus d’ambition.
Il est également essentiel que l’argent de la Banque mondiale et des autres prêteurs multilatéraux stimule l’investissement privé dans la transition vers les énergies propres. Cela n’arrive pas principalement parce que les pays en développement sont considérés comme trop risqués, avec la volatilité des taux de change pouvant annuler tout rendement sur investissement. Pour contrer ce risque, Avinash Persaud, conseiller de Mia Mottley, la première ministre de la Barbade, a proposé une nouvelle agence de garantie des changes. Cela permettrait de mutualiser les risques, de réduire le coût de la couverture et de rendre les projets de lutte contre la crise climatique plus attractifs pour le secteur privé.
Il fut un temps où un sommet sur le financement du développement aurait été organisé à Londres, et non à Paris. C’est parce que Tony Blair et Gordon Brown s’intéressaient réellement au développement et mettaient la pression sur d’autres dirigeants occidentaux pour qu’ils prennent au sérieux la pauvreté mondiale. Pourtant, les signes actuels indiquent que Rishi Sunak ne participera même pas au sommet de Macron, mais enverra à la place le ministre du développement, Andrew Mitchell.
Mitchell est l’un des bons gars. Il se soucie du développement et est bien considéré par les ONG. Mais Sunak devrait prendre le temps de soutenir Macron pour deux raisons. La première est tactique. Sunak prévoit un sommet mondial sur la sécurité de l’IA à Londres à l’automne, mais il se fait des illusions s’il pense que les autres dirigeants viendront à son événement s’il ne peut pas se donner la peine de participer au leur.
La deuxième raison, et beaucoup plus importante, est que Macron essaie de faire les bonnes choses. S’il n’obtient pas le soutien total de pays comme la Grande-Bretagne, son sommet sera une autre occasion manquée.

Grand fan de mangas et d’animes, je n’aime bien écrire qu’à propos de ses sujets, c’est pour ca que j’écris pour 5 minutes d’actus. Au quotidien de décortique, donne mes avis sur les différents épisodes et chapitres des mangas que j’aime lire.
