La colère et la violence qui ont éclaté dans de nombreuses villes françaises après la mort de Nahel Merzouk, un adolescent d’origine nord-africaine, tué par la police lors d’un contrôle routier, ont suscité une vague de condamnations, d’explications, d’exploitations et de justifications de la part de politiciens de droite et de gauche, de scientifiques sociaux, d’analystes et de commentateurs. Mais certains témoignages, parmi les plus révélateurs et les plus perspicaces, émanent de Kendra, une habitante de la cité Pablo Picasso dans la banlieue de Nanterre, près de l’endroit où l’adolescent a été tué. Depuis 2020, on compte 21 décès lors de contrôles routiers par la police, la plupart des victimes étant issues des communautés noire et arabe.
Kendra, 40 ans, a déclaré à Angelique Chrisafis, correspondante du Guardian : « Pendant des heures hier soir, il y avait des jeunes partout, en groupes sur de nombreuses routes différentes. Je pense vraiment que les jeunes d’ici se considèrent en guerre. Ils voient cela comme une guerre contre le système. Ce n’est pas seulement contre la police, cela va au-delà, sinon nous ne le verrions pas partout en France. Ce n’est pas seulement la police qui est attaquée, mais aussi les mairies et les bâtiments qui sont pris pour cible… Il y a une dimension politique, un sentiment de dysfonctionnement du système. Les jeunes se sentent discriminés et ignorés. »
La mort de Merzouk et l’émergence d’une vidéo montrant le moment où il a été abattu à bout portant dans sa voiture sont une source de détresse pour sa mère, sa famille et ses amis. Pourtant, le fait que ce n’était pas un incident isolé mais qu’il reflète des problèmes plus larges dans la police française, les relations raciales et la société en général, doit être évident pour tous. Dans le sens le plus large, la mort de Merzouk a soulevé des questions épineuses sur l’insistance dogmatique de la France en matière d’assimilation raciale, de laïcité et d’une identité unique pour tous. Une république de plus en plus diverse, dont le caractère change profondément sous l’influence du passé colonial, se veut toujours officiellement aveugle à la couleur de peau.
Les méthodes agressives, parfois brutales, utilisées par la police française lourdement armée et mal disciplinée sont un problème de longue date. La question a été soulevée lors des manifestations des « gilets jaunes » en 2018-2019, au cours desquelles des milliers de manifestants (et de nombreux policiers) ont été blessés. Des problèmes similaires sont survenus lors des manifestations contre la réforme des retraites cette année. Les organisations de défense des libertés civiles ont été très critiques. Le comité des droits de l’homme de l’ONU est également intervenu la semaine dernière, déclarant que la fusillade de Merzouk était un « moment pour [la France] de s’attaquer sérieusement aux problèmes profonds de racisme et de discrimination raciale dans l’application de la loi ».
L’incapacité des classes politiques françaises à aborder cette question est une des raisons pour lesquelles de nombreux jeunes, en particulier ceux de couleur, se considèrent en guerre avec « le système ». La réaction inflammatoire de politiciens d’extrême droite tels qu’Éric Zemmour, qui ont parlé de « guerre civile » et d' »insurrection », est scandaleuse et typiquement raciste. Pourtant, Emmanuel Macron, président de la France, ne sort pas non plus bien de cette affaire. Photographié lors d’un concert d’Elton John pendant que Paris brûlait, il a été accusé d’irresponsabilité. En cherchant à reprendre le contrôle, il a suscité la colère des syndicats de police en qualifiant la fusillade d' »inexcusable » alors que ses appels au respect de l’ordre étaient largement ignorés.
Le fait que les dirigeants de la police se sentent justifiés à qualifier les émeutiers adolescents de « vermines » et de « hordes sauvages » témoigne du fossé dangereux et de plus en plus profond qui divise les « avantagés » et les « défavorisés » en France.
La pauvreté, les cités de banlieue ghettoïsées, le chômage, les perspectives de vie limitées et l’aliénation sociale sont des problèmes auxquels les jeunes de nombreux pays développés, y compris le Royaume-Uni, sont confrontés. Lorsqu’on ajoute à ce mélange explosif le racisme institutionnel chronique et non résolu dans le système judiciaire, dans d’autres structures étatiques et dans la société dans son ensemble, il n’est pas étonnant que des explosions incontrôlées se produisent. Ce qui se passe en France est un avertissement pour tous.

Grand fan de mangas et d’animes, je n’aime bien écrire qu’à propos de ses sujets, c’est pour ca que j’écris pour 5 minutes d’actus. Au quotidien de décortique, donne mes avis sur les différents épisodes et chapitres des mangas que j’aime lire.
