Kev Adams en Mona Lisa, M en Charlie Chaplin… Les personnages fictifs de Sasha Goldberger - 1

« Un éclat de rire intelligent qui défie la laideur du monde et sa gravité. » C’est ainsi qu’Alexandre Jardin décrit les portraits de Sasha Goldberger aux croix croisées, exposés jusqu’au 22 mars sur la Promenade des Anglais à Nice. « Prince de la positivité, perdu depuis un siècle, abonné à l’actualité intense, athlète de l’élégance », ajoute dithyrambiquement l’écrivain, cette fois à propos de Goldberger lui-même. Jardin (alias Dracula devant l’objectif) est l’une des 38 personnalités captées par l’artiste-photographe en 2021 et 2022 au plus fort de la pandémie — sa façon de répondre à la fermeture des commerces non essentiels. le gouvernement décide. « La culture a finalement été déclarée » sans conséquence «  », a-t-il ricané à l’époque. temps. »

Né en 1968, le phénomène Goldberger a longtemps travaillé dans la publicité avant de se consacrer à la petite boîte noire. A l’aube de ses 40 ans, il reprend ses études à l’école de tapisserie avant d’offrir à Maminka une série et deux genres de livres loufoques sur sa grand-mère qui l’ont rendu célèbre. Suivra Super Flamand, un pastiche de la peinture flamande que le public parisien découvre à la gare d’Austerlitz à 7 mètres de hauteur. L’état de grâce perdure lorsqu’il enchaîne les réalisations dans les règles de l’art : une centaine de collaborateurs sont mobilisés pour ses projets, comme L’Eden secret, qui réalise 17 diptyques d’époques différentes. Cross Portraits, déployé à Nice, n’y est pas coupé, apportant son lot d’éclairagistes et d’assistants numériques, de stylistes, de maquilleurs, de coiffeurs, de créateurs de mode et autres retoucheurs. Adossée à la marque Cultura, Goldberger transforme des personnages du cinéma, de la chanson, du théâtre ou de la littérature en figures culturelles emblématiques, réelles ou fictives, anciennes ou modernes. Le résultat est assez plaisant, souvent surprenant, parfois touchant, parfois superflu.

Pénélope Baghieu, auteur de Regan dans L’Exorciste.

/ © Sasha Goldberger

Réjouissant, Guillaume Gallienne, celui qui s’attarde naturellement dans le rôle de Molière, comme s’il avait posé pour une toile d’un maître du passé, tandis que Joanne Sfar dans le curieux Barbe Bleue frappe comme Mathieu Chedid, comme l’énigmatique et désarmé Charlot. Plus anecdotique, l’humoriste Caroline Vigno revêt un costume de Wonder Woman, Goldberger est fan de super-héros – Maman en sait quelque chose… A moitié décisif, il a été, sans surprise, exclu du cortège niçois. Mais elle est présente dans un livre en prépublication paru ce mois-ci chez Revelatoer : 160 pages d’incarnations, racontées par les portraitistes eux-mêmes ou par le journaliste Julien Bordieu, qui éclaire leur contexte historique.

M-Mathieu Chedid, auteur, compositeur, interprète, Charlie Chaplin.

/ © Sasha Goldberger

La démarche de Sasha Goldberger rappelle celle du Néerlandais Erwin Olaf, photographe esthétique et politisé qui est l’une de ses inspirations. Même si l’esthétique l’emporte toujours sur le politisé chez les Français, non sans véhiculer des fragments de l’intimité du « peuple » dont il tire le portrait ; c’est ce qui saute aux yeux. Lauréate du prix « 1 œuvre – 1 bâtiment » du ministère de la Culture pour Compagnons Renaissance et ambassadrice de la marque Leica, l’artiste prépare actuellement une série sur le féminisme à travers l’objectif des films d’Hitchcock. À suivre…

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