Les procureurs français ont ouvert une enquête sur une collecte en ligne visant à soutenir un policier ayant abattu un adolescent dans une banlieue parisienne à la fin du mois de juin, déclenchant ainsi des émeutes à l’échelle nationale.
L’initiative sur GoFundMe.com, lancée par le commentateur des médias d’extrême droite Jean Messiha, a recueilli plus de 1,6 million d’euros (£1,4 million) avant d’être fermée début juillet.
L’agent de la circulation de 38 ans qui a abattu l’adolescent franco-algérien Nahel M le 27 juin a été placé en détention et inculpé d’homicide volontaire.
La mère de Nahel a déposé une plainte légale par l’intermédiaire de son avocat, alléguant une fraude, une utilisation frauduleuse de données personnelles et une conspiration de la part de Messiha.
Une enquête judiciaire menée par des enquêteurs spécialisés dans la criminalité financière est en cours, a déclaré le procureur de Paris à l’Agence France-Presse mercredi.
« Nous saluons la rapidité de la décision du procureur », a déclaré Yassine Bouzrou, qui représente la mère du garçon décédé, à l’AFP.
Messiha a été contacté pour commenter.
Le tir à bout portant a déclenché les violences urbaines les plus intenses en France depuis 2005 et a ravivé les plaintes concernant des méthodes policières musclées et le racisme dans les zones défavorisées du pays.
Messiha a déclaré que la collecte, destinée à la famille de l’agent, était « un cri du peuple français pour exiger l’ordre, un cri d’amour pour leurs forces de sécurité ».
Mais la nouvelle de la collecte a suscité l’indignation, des politiciens de gauche la qualifiant d' »indécente ».
La grand-mère de Nahel, Nadia, a déclaré qu’elle était « brisée » par le soutien manifesté envers l’agent. « Il a enlevé la vie de mon petit-fils. Cet homme doit payer, tout comme tout le monde », a-t-elle déclaré à la chaîne de télévision BFM dimanche. « J’ai confiance en la justice. Je crois en la justice. »
Clémence Guetté du parti de la gauche radicale La France insoumise a qualifié le fonds d' »indécent et d’horreur absolue ».
La loi française interdit « l’ouverture ou l’annonce publique de souscriptions ayant pour but de compenser des amendes, des frais et des dommages-intérêts prononcés par des décisions judiciaires en matière pénale et correctionnelle ». Les peines encourues comprennent une peine de prison de six mois ou une amende de 45 000 euros.
La loi a été utilisée en 2019 pour fermer un fonds de soutien à Christophe Dettinger, un ancien boxeur condamné pour avoir frappé deux policiers lors des manifestations des gilets jaunes. La plateforme Leetchi a jugé le fonds contraire à l’ordre public après une enquête interne et les 146 000 euros de dons ont été restitués aux donateurs.
Un porte-parole de GoFundMe a déclaré au magazine français Capital que le fonds ne violait aucune règle, car l’argent ne servirait pas à financer les frais de justice ou la défense de l’agent de police.