Effet domino, vague roulante… Spirale de la mort du drame de Séoul › - 1

Un enchevêtrement de corps empilés les uns sur les autres, certains à l’agonie, d’autres luttant pour rester conscients. Il est environ 22h27 à Séoul, et ce qui aurait dû être une nuit de vacances impromptue après deux ans de crise sanitaire s’est transformé en cauchemar. Dans les ruelles d’Itaewon, le quartier en vogue de la capitale sud-coréenne depuis la diffusion de la série télévisée à succès, les jeunes venus fêter Halloween sont chamboulés, essoufflés. Le mouvement de masse vient de commencer.

Tôt le matin, le bilan des morts n’avait pas encore cessé. Comment un tel drame a-t-il pu arriver ? Si l’enquête « approfondie » promise par le président sud-coréen Yoon Seok-yeol n’est pas achevée, la littérature sur la dynamique des rassemblements humains, domaine universitaire en plein essor, met en lumière les similitudes entre ce qui a conduit à la mort de 156 personnes ce soir-là et d’autres morts. mouvements – dont le plus spectaculaire a coûté la vie à 2 300 personnes à La Mecque en 2015.

Lorsque la foule est trop dense, elle devient un piège potentiellement mortel. Une mine que rien ne peut provoquer. Rumeur sur la présence d’une star, impatience de participer à un bal des vampires après deux ans d’annulation du Covid-19, ou tout simplement trop d’enthousiasme. « Peu importe », résume Mehdi Moussaid, chercheur sur le comportement des foules à l’Institut Max Planck en Allemagne. « Au-delà du carré des personnes, la dynamique passe du psychosocial au purement physique. L’appel au calme ne fonctionne plus.

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Transmission systématique

Les travaux du CNRS, de l’ENS Lyon et de l’Université Lyon 1, publiés dans la revue Science en 2019, ont démontré qu’à haute densité, la foule se comporte comme un liquide, répandant des forces et des pressions de plus en plus fortes, malgré les tentatives de résistance de la foule. Cette limite étant dépassée, le mécanisme fonctionne à un faible niveau de bruit jusqu’à provoquer une compression soudaine de la foule, capable d’étouffer des centaines de personnes.

Le mécanisme est tellement inexorable qu’il est prévisible. Les algorithmes sont désormais capables de reproduire les mouvements de foule malgré l’imprévisibilité des décisions individuelles. Mardi, le président Yoon a également exhorté le pays à acquérir des « compétences numériques avancées » pour améliorer la gestion des foules, tandis que la mairie de Séoul dispose déjà d’un système de surveillance de la densité en temps réel.

Il n’a pas été activé ce soir-là, selon les médias locaux, mais les images et les déclarations de l’incident montrent que ce seuil a été franchi. Dans l’allée qui serpente entre Itaewon Station et Thirst Street, où se trouvaient les attroupements, l’allée en pente, longue de 45 mètres et large de 3 mètres, peu avant le drame, selon le Comte L’Express. Les scientifiques s’accordent à dire qu’après 7 ans, la situation est trop risquée.

Les mouvements se propagent comme des vagues

À Itaewon, les fêtards se sont d’abord rassemblés pour tenter de se rendre à leur bar préféré en marchant dans l’allée. « Ces flux à double sens augmentent les embouteillages et doivent être évités, mais ici le rassemblement était auto-organisé et donc difficile à réguler », décrit Mehdi Moussaid, également promoteur sur la chaîne YouTube Fouloscopie. Mardi, les responsables du district ont reconnu qu’ils considéraient la soirée comme un « phénomène » plutôt qu’un « festival » qui nécessiterait un plan de circulation.

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A partir de 20h30 un embouteillage se forme. Selon la police et les publications sur les réseaux sociaux, certains participants tentent d’avertir du danger du rassemblement. Peu à peu la foule commence à se balancer d’abord dans un sens, puis dans l’autre. Les visages témoignent de l’incapacité à résister à ce phénomène. « Rush waves » bien connues des scientifiques. « Le moindre mouvement se transmet d’une personne à l’autre, comme une onde. S’ils se croisent ou se reflètent sur les murs, la pression augmente encore plus », poursuit Mehdi Moussaid.

Au moment où vous réalisez le danger, il est trop tard

Pourquoi la foule n’a-t-elle pas essayé de se réguler ? « Au moment où les gens commencent à sentir le danger, il est souvent trop tard, il y a trop de monde. À l’épicentre, personne ne peut partir. Le piège est fermé. « Nous ne pouvons pas simplement fermer des voies pour arrêter le flux. La pression peut monter au niveau de ces barrages. À leur tour, ils peuvent créer les conditions pour qu’un incident se produise.

Selon des témoins oculaires, des personnes sont tombées au bout de la ruelle à 22h00. Au même moment, une foule dense se déplaçait dans la rue depuis le côté opposé, augmentant la pression. « Avec ce niveau de compression, se lever est très difficile. Les personnes au sol se mettent alors en travers du chemin. Chacun renverse l’autre, et les corps s’accumulent très vite », explique le chercheur. Il faudra plus de deux heures pour dégager cette fatale pyramide humaine.

Le mouvement de masse à Séoul est l’un des plus meurtriers de ces dix dernières années. Mais à mesure que les centres urbains se densifient et que les événements prennent de l’ampleur, le taux d’accidents diminue. « La science avance, les organisateurs sont mieux informés, et le public est plus sensibilisé, mais il faut encore aller dans ce sens », explique le spécialiste, qui aide à informer sur les bons réflexes. Et en conclusion : « Tout se joue avant l’événement. »

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