Dans la Swiss Valley, la sobriété énergétique est la devise – Sciences et Avenir › - 1

Comme partout en Europe, les ménages suisses sont appelés à économiser l’énergie. Une sobriété qui vient naturellement aux habitants de la vallée de Bavona, l’un des endroits les plus reculés du pays alpin jamais raccordé au réseau électrique.

Cette vallée très sauvage d’origine glaciaire, située dans la région italophone du pays, est l’une des plus escarpées et des plus rocheuses des Alpes.

Mais douze villages d’habitations en pierre et d’écuries troglodytiques s’y dressent et abritent encore quelques dizaines d’habitants plusieurs mois de l’année, sauf l’hiver où moins d’une dizaine y vivent.

La particularité de la vallée est due au fait que onze de ces colonies ne sont pas connectées au réseau, et la région génère beaucoup d’électricité grâce à des barrages situés sur les hauteurs d’une petite vallée.

Ils ont été construits après la Seconde Guerre mondiale pour fournir de l’électricité à la Suisse alémanique, explique à l’AFP Romano Dado, l’ancien conseiller municipal de Chevio, dont dépendent les villages.

Bice Tonini sourit chez lui, le 20 septembre 2022, dans le petit village de Sonlerto, près de Cevio, dans le sud de la Suisse (AFP – Fabrice COFFRINI)

Pour fournir de l’électricité à Val Bavona, il a fallu construire des transformateurs, mais « les habitants n’avaient pas l’argent pour cela », dit-il. Seule la dernière ferme pouvait se permettre un tel luxe.

Au fil des décennies, la population vivant dans la vallée est passée d’environ 500 à moins de 50 personnes, selon Romano Dado, et les habitants ont appris à se passer d’électricité en installant des panneaux solaires et des cheminées sur le toit dans les années 1980. .

– Lampe à pétrole et bougies –

Les résidents utilisent également des cartouches de gaz, des bougies et même des lampes à pétrole. Pour laver le linge, « comme toujours, on va à la rivière », explique Tiziano Dado, maçon et frère de Romano.

Un panneau photovoltaïque dans le petit village de Roseto, près de Cevio, dans le sud de la Suisse, le 20 septembre 2022 (AFP – Fabrice Coffrini)

Cette vallée étroite, longue d’une dizaine de kilomètres, entourée de pentes rocheuses vertigineuses à plus de 2 500 mètres d’altitude, est marquée depuis des siècles par des avalanches, des inondations et des glissements de terrain, faisant parfois des victimes.

La transhumance a caractérisé l’histoire de la région jusqu’aux années 1970 : de mars à fin décembre, les familles se rendaient dans la vallée avec leurs animaux et ne revenaient qu’à Noël, explique Sonia Fornera d’Orrizonti Alpini, un groupe d’experts en histoire et culture alpines.

« C’était une vie dure mais simple », se souvient Bice Tonini, 88 ans, qui se réchauffe près de la cheminée de sa maison.

Une femme prend un bain de soleil en lisant un livre, le 20 septembre 2022, près du petit village de Roseto, près de Chevio, dans le sud de la Suisse (AFP - Fabrice Coffrini)Une femme prend un bain de soleil en lisant un livre, le 20 septembre 2022, près du petit village de Roseto, près de Chevio, dans le sud de la Suisse (AFP – Fabrice Coffrini)

Malgré son âge, elle continue à y vivre du printemps à octobre grâce au soleil. « Il y a tellement d’électricité gaspillée dans la société aujourd’hui », déplore-t-elle.

La nuit, aucun éclairage public ne l’empêche d’admirer les étoiles. Une émission qui lui procure bien plus de plaisir que la télévision est une rareté ici.

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– « Juste un rêve » –

« On a l’habitude de vivre très simplement, on n’a pas peur de faire des économies » en matière d’énergie, confie aussi Ivo Dado, 81 ans, qui s’enorgueillit d’avoir installé des panneaux solaires en 1987.

Des étoiles plein les yeux, cet ancien agriculteur se réjouit que certaines villes abandonnent les illuminations de fin d’année : « Ce Noël sera le même qu’avant, avec moins de lumière. Ce sera à nouveau génial ! »

Cette sobriété énergique n’est pas du goût de tout le monde.

« Les panneaux solaires sont une solution partielle », explique à l’AFP Martino Giovanettina, écrivain et propriétaire d’un des rares restaurants de la vallée.

Une fleur dans le jardin du Bice Tonini, dans le petit village de Sonlerto, près de Cevio, dans le sud de la Suisse, le 20 septembre 2022. (AFP - Fabrice COFFRINI)Une fleur dans le jardin du Bice Tonini, dans le petit village de Sonlerto, près de Cevio, dans le sud de la Suisse, le 20 septembre 2022. (AFP – Fabrice COFFRINI)

Selon lui, le manque d’électricité, couplé à des règles strictes de reconstruction des bâtiments traditionnels, contribue au dépeuplement de la vallée, qui devient un «musée» à ciel ouvert sur le passé, au lieu de s’ouvrir aux touristes comme les autres vallées voisines.

Ici, rien n’est prévu pour les touristes, si ce n’est le funiculaire pour gravir les barrages. Et le stationnement des camping-cars est interdit.

Originaire de cette région, Doris Femminis, lauréate du Prix suisse de littérature 2020, raconte l’histoire de cette vallée dans ses livres. Installée désormais dans le Jura, elle revient tous les deux mois dans ce « lieu merveilleux de son enfance ».

« En Suisse, on aime l’idée de préserver un coin de nature », dit-elle, mais admet que ces lieux ne sont pas adaptés à la vie d’aujourd’hui : « C’est un lieu du passé. Plus personne ne veut vivre là-bas, ce n’est qu’un rêve.