Un regard cinématographique sur la récupération d’une dépendance à l’alcool

Écrire une histoire sur la dépendance, c’est tomber dans les clichés. C’est “une histoire qui a déjà été racontée », écrit Leslie Jamison dans ses mémoires sur la dépendance intitulées The Recovering, une histoire qui se résume à un cycle désir-usage-répétition. La récupération repose sur ses propres platitudes bien connues : le fond du baril, un jour à la fois, “je suis X, et je suis alcoolique.”

L’Outrun, l’adaptation cinématographique par la réalisatrice allemande Nora Fingscheidt des mémoires de 2016 d’Amy Liptrot, accepte ces fondations clichées en familiarisant les spectateurs avec la désespérance de Rona et son renouveau, pour finalement la voir atteindre la sobriété. La réalisatrice a réussi le tour de force de rendre tout ce processus anti-glamour si beau, si spécifique, et d’une telle curiosité quant à la manière dont une personne apprend à concilier son passé et son avenir. C’est une merveille à voir. L’Outrun est l’un des rares films de deux heures qui m’ait fait oublier de regarder l’heure. Et le tout sans tomber dans les clichés habituels de l’adaptation cinématographique des mémoires, avec une représentation en dents de scie de la vie transformée en une série de scènes définitives.

Afin de reproduire l’expérience de deux vies, d’une part dans l’ivresse et d’autre part sobre, de la vie citadine à la campagne, la réalisatrice a utilisé tous les outils cinématographiques à sa disposition. Elle a également intégré la connexion internet, petit à petit se révélant comme un élément déterminant dans la vie de Rona, rendant son portrait de récupération encore plus convaincant.

Malgré ses quelques défauts, l’effet global du film est à couper le souffle. Surtout grâce à la performance remarquable de Saoirse Ronan, qui incarne à la perfection les hauts et les bas de la récupération. The Outrun ne renie pas la personne qu’elle était avant. Sa phase de fêtard ne sombre pas totalement dans le cliché des yeux charbonneux et de la débauche ; c’est la même merveille qui l’a poussée à danser bras ouverts dans une foule de boîte de nuit qui la tire vers le nord, un instinct corrompu par l’alcool mais pas inséparable de lui. Comment peut-on se tenir à la vérité, la connexion, l’émerveillement tout en opérant un changement? C’est un cliché et une vérité : il n’y a pas de réponse unique, et je ne pourrai pas oublier le parcours de Rona vers cette réponse.

  • L’histoire de la récupération de la dépendance à l’alcool sous un regard cinématographique
  • La traduction visuelle de l’expérience de deux vies, entre l’ivresse et la sobriété, la ville et la campagne
  • La performance remarquable de Saoirse Ronan
  • La lutte pour trouver un équilibre entre le passé et le présent de Rona
  • La réalité de la récupération et la représentation de la personne qu’elle était avant