"A long terme, cela pourrait être un danger pour l'humanité" › - 1

L’article non publié de Synthesis sur la baisse de la concentration de spermatozoïdes humains dans le monde a été publié le mardi 15 novembre dans la revue de référence Human Reproduction Update. En combinant des centaines d’études publiées sur le sujet et des données pour la période 1973-2018 disponibles dans plus de cinquante pays, les auteurs ont pu conclure que la concentration moyenne de gamètes dans le sperme de la population générale masculine est passée de 101 à 49 millions par an. millilitre en quarante-cinq ans. années. Cette découverte explique en partie la baisse de la fécondité dans le monde.

En France, près de 3,3 millions de personnes sont directement concernées par l’infertilité. Selon le professeur Jean-Marc Ayuby, chef du service d’obstétrique, gynécologie et médecine de la reproduction à l’hôpital Foch de Suresnes, ce phénomène est en augmentation depuis une vingtaine d’années. Concernant ces derniers, si les autorités sanitaires ne s’attaquent pas aujourd’hui à ce problème, les conséquences pour la population mondiale pourraient devenir alarmantes dans quelques décennies.

L’Express : En quoi cette étude diffère-t-elle de ce qui a déjà été publié sur ce sujet ?

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Jean-Marc Ayouby : La force de cette publication est le nombre d’études analysées. Cela montre que le monde entier sera touché, de l’Australie à la Chine, en passant par l’Europe… On croyait autrefois que seuls les pays développés étaient touchés. Cependant, les pays en développement comme l’Inde et l’Empire du Milieu aussi. C’est une démonstration convaincante de la baisse du nombre de spermatozoïdes, en particulier pour ceux qui n’y croyaient pas, comme les climato-sceptiques du changement climatique.

Certains pensaient vraiment que l’amélioration des outils techniques nous donnait des valeurs différentes par rapport à la précédente. Cependant, l’intérêt de cette étude est qu’elle réfute cet argument par la quantité de données analysées. Le constat est sans appel : le taux de natalité est en baisse. Elle montre que la concentration moyenne de gamètes dans le sperme a diminué de moitié, ce qui affecte inévitablement le taux de natalité. Après tout, la quantité est une chose et la qualité en est une autre. Si vous avez des dizaines de millions de spermatozoïdes par millilitre mais que vous êtes déformés par la pollution de l’air ou anormaux par le tabagisme, ils ne seront pas fertiles.

Comment expliquer exactement cette baisse de la fertilité masculine ?

L’étude en question fait référence à la qualité et à la quantité de sperme dans le spermogramme. Mais si l’on regarde plus loin, la fécondité diminue en raison de la baisse de la fécondité masculine et féminine. Certaines raisons sont courantes. La spermatogenèse, la formation de spermatozoïdes, et la folliculogenèse, la formation d’un ovule mature qui sera fécondé, sont des processus tout à fait similaires. Les causes qui perturbent une cause perturbent l’autre. Par exemple, nous savons très bien que le tabagisme affecte à la fois la fertilité masculine et féminine.

J’ai fait partie d’une commission chargée par le ministère de la Santé de soumettre des propositions pour un plan national de fécondité, dirigée par le professeur Sameer Hamama. [NDLR : le rapport sur les causes de l’infertilité, commandé dans le cadre des lois de bioéthique de 2021, a été remis au ministère fin février]. Cependant, nous avons déjà soulevé des problèmes de fertilité liés à des causes environnementales, à la pollution de l’air, aux pesticides ou encore aux produits dérivés de certains médicaments. Avec un constat : la baisse de la fécondité masculine et féminine entraîne une baisse globale de la fécondité et une forte baisse dans les pays développés, mais aussi dans les pays sous-développés.

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Ce déclin pourrait-il être une menace pour l’avenir de l’humanité à moyen ou long terme ?

Aujourd’hui, il est difficile d’en parler. Mais oui, à long terme, cela pourrait être un danger pour l’avenir de l’humanité. Pas dans dix ou vingt ans, mais certainement dans un siècle si nous ne faisons rien contre les perturbateurs endocriniens et les polluants qui altèrent le sperme et la fertilité féminine. L’étude du magazine Human Reproduction Update porte sur des publications déjà parues, depuis plusieurs années nous tirons la sonnette d’alarme. Cette baisse de la natalité entraînera une baisse de la natalité et donc de la population mondiale. On sait très bien qu’en 2050 ou 2100 les Chinois ne seront plus 1,4 milliard, mais 700 millions.

Il n’y a qu’à voir le nombre de couples qui demandent de l’aide pour infertilité, c’est en augmentation, même en France. Au niveau national, il y a eu une augmentation constante du nombre de consultations d’infertilité. On est passé de 1 paire en 7 ou 8 à 1 paire en 5 ou 6 en vingt-cinq ans. Cependant, la baisse de la fécondité peut être due à d’autres facteurs. Cela peut être dû à des raisons sociales. Par exemple, les couples ne veulent plus cinq enfants parce que c’est économiquement difficile. D’autre part, le nombre de personnes demandant des consultations d’infertilité n’est pas dû à des raisons sociales, mais à des raisons médicales, environnementales, génétiques, atmosphériques, etc.

Que pouvons-nous faire aujourd’hui pour stopper ce phénomène ?

Nous devrions déjà avancer dans la recherche. Surtout en France, il est encore sous-développé par rapport aux États-Unis, à la Belgique, aux Pays-Bas ou même au Royaume-Uni. Mieux nous comprendrons les mécanismes qui affectent la fertilité grâce à une recherche fondamentale approfondie, mieux nous pourrons gérer cette baisse de la fertilité. Bien sûr, nous savons déjà certaines choses. Par exemple, il faut arrêter de fumer avant de prendre des médicaments pour la fertilité.

Ensuite, en plus de la compréhension du phénomène, il y a un aspect informationnel à la fois pour les patients et les professionnels de santé. Aujourd’hui, nous savons que la fertilité féminine diminue à partir de 32-33 ans. Les femmes doivent être averties que cela commence bien avant l’âge de 40 ans. Cependant, grâce à la modification de la loi de bioéthique, nous avons permis aux femmes qui préféraient un plan d’accouchement tardif de congeler leurs ovules et d’obtenir ce qu’on appelle la « préservation de la fertilité ». La publication du Human Reproduction Update renforce ce sentiment d’urgence face au phénomène de l’infertilité. Nous avons plusieurs décennies devant nous pour renverser la vapeur.

des avis

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Cécile Maisonneuve, Présidente de DECYSIVE et Conseillère au Centre Énergie et Climat de l’IFRI

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