90% du contenu pornographique en ligne présente des actes verbaux, physiques et sexuels de violence envers les femmes, et une quantité significative de violence montrée est répréhensible selon les lois en vigueur en France, selon un rapport de l’organe de surveillance gouvernemental de l’égalité.

Le haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes en France a remis mercredi au gouvernement un rapport accablant sur les pratiques illégales de l’industrie pornographique, exhortant à des changements dans la loi pour poursuivre les réalisateurs de films pornographiques et retirer le contenu afin de protéger ceux qui ont été filmés.

Après plus de 18 mois d’auditions et d’examen de millions de vidéos sur les plus grands sites pornographiques internationaux, le rapport indique que dans des millions de vidéos, « les femmes, caricaturées avec les pires stéréotypes sexistes et racistes, sont humiliées, objetisées, déshumanisées, agressées, torturées, soumises à un traitement contraire à la dignité humaine et à la loi française ».

Le rapport indique : « Les femmes sont réelles, les actes sexuels et la violence sont réels, la souffrance est souvent parfaitement visible et en même temps érotisée ».

Le rapport cite également l’avis du procureur de la République français selon lequel la grande majorité de la pornographie contient des violences verbales et physiques qui contreviennent à la loi française.

Une quantité significative de contenu relève de la torture. Le rapport avertit que tout type de soi-disant contrat est nul sur le plan juridique, car une personne ne peut pas consentir à la torture et à l’exploitation et au trafic sexuels. Le rapport indique que les actes de violence filmés sont illégaux et doivent être punis.

Le rapport condamne « l’inaction » de l’État français et des autorités face à des décennies de lobbying de l’industrie pornographique qui a plaidé en faveur de la liberté d’expression. Le rapport affirme qu’il doit y avoir une fin à ce qu’il appelle « la cécité et le déni » de l’État, qui a donné à l’industrie pornographique une « impunité totale ».

Des chiffres d’Arcom, le régulateur audiovisuel en France, montrent que 51 % des garçons de 12 ans en France regardent de la pornographie chaque mois. « La consommation massive [de pornographie] dès un jeune âge renforce la culture du viol », indique le rapport.

Sylvie Pierre-Brossolette, la présidente du défenseur de l’égalité en France, a déclaré à France Inter qu’il n’y avait « aucune raison en 2023 de tolérer ces actes illégaux de torture insupportable » qui sont montrés aux mineurs. Elle a qualifié la pornographie de « l’école de la violence sexuelle » qui doit cesser.

La plateforme d’État française, Pharos, conçue pour stopper le contenu illégal en ligne, ne fonctionnait pas de manière adéquate en ce qui concerne la violence sexuelle et devrait être étendue pour couvrir les attaques contre les femmes dans la pornographie, selon le rapport.

Des juges en France enquêtent sur plusieurs affaires contre des producteurs de films pornographiques. Dans une affaire impliquant un site Web pornographique français, 17 hommes devront comparaître pour viol, viol en groupe et traite des êtres humains en vue d’exploitation sexuelle, avec au moins 40 victimes. Dans d’autres cas, plusieurs producteurs de films pornographiques français ont été inculpés de traite des êtres humains, de viol ou de viol avec actes de torture. Mais le rapport indique que le processus légal est long.

« Pour les quelques dizaines de victimes dont la voix est entendue par le système judiciaire, il y a des millions de vidéos publiées sans contrôle, qui prospèrent sur la violence et la haine misogyne, dans une indifférence générale », indique le rapport.

Bérangère Couillard, la ministre française de l’égalité et de la lutte contre la discrimination, a écrit dans une tribune pour le Journal du Dimanche que des millions de vidéos en ligne montraient des actes de torture et de cruauté barbare.

Elle a déclaré : « Il faut dire stop. Alors que le gouvernement s’attaque déjà à la question de l’accès des mineurs à ce contenu, il y a des progrès à faire dans la lutte contre la violence dans l’industrie de la pornographie, et dans la protection des femmes. »