‘Zo reken’ : plongée dans les paradoxes d’Haïti et de son passé colonial

Le terme « zo reken » signifie « os de requin » en créole haïtien, et fait référence à un rhum à base de canne à sucre traditionnel censé augmenter la virilité. C’est aussi le surnom local du Toyota Land Cruiser, une voiture puissante qui peut aisément affronter les conditions difficiles de la route à Port-au-Prince. Tourné en grande partie à l’arrière d’un de ces véhicules, le documentaire d’Emanuel Licha est structuré autour d’un flux constant de conversations sur l’identité nationale, les conflits politiques et l’intervention étrangère.

De ces discussions émerge un mécontentement à l’égard du gouvernement de Jovenel Moïse, ancien président du pays qui a été assassiné en 2021, ainsi qu’une méfiance à l’égard de l’aide humanitaire internationale. Un passager, par exemple, déplore l’ironie selon laquelle le soutien des ONG a eu pour effet négatif d’accroître la dépendance d’Haïti à l’égard des pays plus riches. Une fois les financements épuisés et les volontaires médicaux partis, les infrastructures de santé existantes se retrouvent en piteux état. Et bien que l’intérieur du « zo reken » semble être un espace sûr pour des débats animés, la caméra jette également un coup d’œil à travers les fenêtres pour observer la réalité tumultueuse à l’extérieur. Les arrêts de circulation sont bondés de vagabonds et des récits de jeunes hommes abattus surgissent des rues sinueuses.

  • Le film-documentaire Zo Reken explore les paradoxes d’Haïti, l’identité nationale et l’intervention étrangère.
  • Les discussions font ressortir le mécontentement à l’égard du gouvernement de Jovenel Moïse et de l’aide humanitaire internationale.
  • Les conséquences négatives de l’aide des ONG sur la dépendance d’Haïti aux pays plus riches sont soulignées.
  • La caméra du film offre un aperçu de la réalité tumultueuse et violente qui règne à l’extérieur du véhicule.
  • Le Toyota Land Cruiser est utilisé par les ONG ainsi que par la police haïtienne et est un symbole de pouvoir et d’oppression.

Utilisé par les ONG ainsi que par la police haïtienne, le Toyota Land Cruiser est lui-même un symbole épineux du pouvoir, voire de l’oppression. Zo Reken réussit à disséquer ce paradoxe, bien que le style de documentaire en tant qu’observateur passif témoigne d’un manque d’auto-interrogation de la part des cinéastes. Comme les travailleurs humanitaires, Licha et une grande partie de l’équipe sont des étrangers, et Zo Reken a également été produit avec un financement international. En d’autres termes, l’existence même du film est entremêlée dans les mêmes structures problématiques critiquées par les personnes interrogées haïtiennes. Si cette position complexe avait été abordée, ce portrait d’Haïti aurait pu dépasser ce qui est immédiatement visible devant la caméra.

  • Zo Reken
  • Disponible à partir du 18 août sur True Story.

A Lire aussi  Revue de Family Switch – Une comédie de Noël sur Netflix qui fait fureur!