Tirons enfin des leçons sans trahir le passé, Professeur Gilles Pialou à propos des pandémies et de la santé publique - 1

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), d’ici fin 2021, la pandémie de Covid-19 fera entre 13 et 17 millions de morts dans le monde (et non 6,2). C’est la moitié des victimes du sida en plus de quarante ans. Et ce chiffre atteint même 18,2 millions, selon une récente étude publiée dans The Lancet. Cela n’empêche pas quelques réassurances télévisées, jetées après la deuxième vague pour cause de déni pur et simple, de revenir par la fenêtre. Avec des accroches qui défient la réalité clinique et épidémiologique : « Cette épidémie était vraiment mineure » ou encore le Sars-CoV-2 « équivalent à la grippe, un rhume banal ». On se pince pour y croire. D’autant que cette révision de l’histoire est alimentée par l’émulation militante spécialiste, à l’image de la fameuse déclaration de Great Barrington, qui se résume en un point : il est inutile de protéger (contenir et vacciner) la population générale quand il faut cibler les plus vulnérables . En plus de l’anxiété, dans les salons lustrés des ministères et agences de santé, il y a souvent un moment de satisfaction : « On ne pouvait pas faire mieux !

Cependant, toute crise sanitaire tire plus de leçons de ses échecs que de ses succès. Côté succès : première naissance, « quoi qu’il en coûte » et soutien à l’économie, avis du conseil scientifique, taux de vaccination des adultes, pérennité des hôpitaux publics, carnet de vaccination, etc. Côtés infructueux : filtrage de 15 cas (auto)suspects et les centres dits « de référence » de la première vague (modèle après H1N1, Ebola ou canicule), masques de danse et tenues de protection dans les hôpitaux en 2020, échec du « test-trace-isoler », manque de personnel dans les régies régionales de santé, l’échec de la prévention combinée et de la promotion de la santé, l’échec du transfert d’innovation qui fait attendre les vaccins et les traitements venus d’ailleurs, l’insuffisance des inspections publiques (IHU de Marseille, Echpad…), le manque de transitivité des actions publiques par rapport à certains sujets, comme la médecine urbaine, dès les premières vagues avant traitement au Paxlovid ou aux anticorps monoclonaux, non mise en place d’un cordon sanitaire autour de la ventilation des chambres, des capteurs CO2 et purification de l’air, essai et erreur dans la politique scolaire motivée par l’obsession de l’ouverture à tout prix et l’introduction des vaccinations infantiles. Sans parler du manque de priorisation des combinaisons vaccinales par l’OMS, de l’imprévisibilité des vagues de variants et de recombinants de type XD, et de l’impréparation initiale à un séquençage rapide et de qualité, comme l’ont fait le Danemark ou le Royaume-Uni.

Transformation profonde de la santé publique

La bonne nouvelle, cependant, c’est que pour éviter de nouvelles tragédies, la recherche se prépare aux futures pandémies qui pourraient survenir dans les années à venir. Le professeur Yazdan Yazdanpanah, directeur de l’agence des maladies infectieuses émergentes ANRS, a récemment déploré cette situation : « Je pense qu’il faut changer la culture selon laquelle tout financement doit aboutir. Nous devons introduire la notion de risque dans le financement et reconnaître que certains échoueront. Premier pas vers une meilleure compréhension, le budget historique de l’ANRS a été revu à la hausse : 80 millions d’euros par an, soit 40 millions pour le VIH, les hépatites et la tuberculose et 40 millions pour les maladies infectieuses émergentes. Dans le même esprit, Santé Publique France et l’Inserm ont signé le 16 mai une convention visant à encadrer, renforcer et développer leur collaboration sur plusieurs thématiques prioritaires, dont les maladies infectieuses émergentes, la modélisation, les facteurs environnementaux, la santé et les inégalités de santé.

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Pour rappel, en mai 2021, le rapport de Pitte dressait un bilan peu flatteur de la santé publique française à l’époque du Covid : « En France, les soins de santé sont assez fragmentés. Il y a d’excellentes écoles, des épidémiologistes célèbres, des agences… leur force », a déclaré le professeur. Le véritable défi à long terme reste de transformer en profondeur la santé publique face à la crise du Covid.

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