Le ministère de la Culture de la France est intervenu à la dernière minute pour suspendre la démolition d’un symbole du patrimoine médical et scientifique français, mais les militants affirment que la lutte se poursuit.

Les bulldozers devaient entrer en No 26 rue d’Ulm, dans le Quartier latin de Paris, ce lundi pour démolir le Pavillon des Sources, l’un des trois bâtiments constituant le laboratoire parisien de Marie Curie. La démolition du bâtiment était prévue dans le cadre d’un projet de développement qui menace également les tilleuls et les platanes plantés par la scientifique lauréate du prix Nobel.

L’intervention de dernière minute est survenue après une pétition et des appels au président du pays, Emmanuel Macron, ainsi qu’aux ministres du gouvernement.

Le vendredi après-midi, la ministre de la Culture de la France, Rima Abdul Malak, a déclaré que la démolition était « suspendue » après consultation de l’Institut Curie, propriétaire du bien, pour « permettre le temps d’examiner… d’éventuelles alternatives ».

Baptiste Gianeselli, qui a dirigé la campagne pour empêcher les bulldozers, a déclaré que cette nouvelle de dernière minute était « fantastique », mais que la campagne se poursuivrait.

Gianeselli a averti que la menace n’était pas complètement écartée et que la pression devait être maintenue jusqu’à ce que le bâtiment soit classé monument historique.

Des militants ont précédemment mis en garde contre le scandale si la démolition se poursuivait. Gianeselli a déclaré : « Si Emmanuel Macron ne comprend pas qu’il ne s’agit pas seulement d’un bâtiment historique mais aussi d’un des derniers symboles de Marie Curie, la femme la plus illustre de notre époque, ce serait une erreur très grave ».

Des personnalités comme Claudine Monteil, spécialiste des droits des femmes, historienne et ancienne diplomate française, ont également exprimé leur désaccord. Elle a souligné l’importance de protéger le site qui est un héritage mondial.

Le Pavillon des Sources, faisant partie de l’ancien laboratoire de Marie Curie.

Curie, née Maria Skłodowska à Varsovie en 1867, a été la plus jeune d’une famille de cinq enfants. Elle a déménagé en France à l’âge de 24 ans, a étudié à la Sorbonne, la physique, la chimie et les mathématiques, et serait plus tard la première femme professeur à l’université.

  • Intervention du ministère de la Culture
  • Bataille pour empêcher la démolition
  • Le patrimoine de Marie Curie

Elle et son mari scientifique, Pierre, ont été les premiers à séparer le polonium et le radium de l’uranium, une découverte pour laquelle ils ont tous deux reçu le prix Nobel de physique avec Henri Becquerel en 1903. Pierre Curie est décédé dans un accident de la route en 1906 ; cinq ans plus tard, Marie a remporté son deuxième prix Nobel, cette fois pour la chimie.

En 1909, l’Institut Pasteur et l’Université de Paris se sont associés pour construire un laboratoire de recherche pour Marie Curie. Le Pavillon des Sources a été utilisé par Curie pour préparer des matériaux radioactifs pour ses recherches. C’était l’un des trois bâtiments composant l’Institut du Radium (aujourd’hui Institut Curie) ; les autres étaient le Pavillon Curie, où elle avait son laboratoire, qui est maintenant un musée, et le Pavillon Pasteur, qui abritait le laboratoire de biologie.

Curie a été directrice du laboratoire de physique et de chimie au Pavillon Curie jusqu’à sa mort en 1934. L’institut est devenu un centre de recherche de premier plan sur les corps radioactifs et a contribué au développement de l’utilisation des radiations dans la lutte contre le cancer.

Stéphane Bern, journaliste spécialisé dans la royauté, critique le conseil municipal de Paris pour son approbation de la démolition. Emmanuel Grégoire, adjoint au maire, a défendu la démolition prévue, affirmant que Curie n’avait « jamais, jamais travaillé » dans le Pavillon des Sources, une affirmation contestée par les militants. L’Institut Curie n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Les plans de démolition présentent également un risque pour les arbres situés à proximité. Les critiques soulignent l’importance de préserver cet héritage mondial de Marie Curie, une des femmes françaises les plus célèbres.