L’histoire de Saint Laurent Paris marquée par la transparence

Si la campagne « Free the Nipple » est un phénomène relativement récent, conçue pour défier l’interdiction du téton féminin sur Instagram, Yves Saint Laurent jouait son rôle bien avant l’avènement des réseaux sociaux. En 1968, il dévoilait ce qui allait rapidement être surnommé par la presse le « chemisier transparent », un design en mousseline porté sans rien en dessous.

C’est un vêtement qui était sûrement sur le tableau d’inspiration du directeur créatif actuel de Saint Laurent, Anthony Vaccarello, mardi soir lors de la Fashion Week de Paris. Sa collection automne/hiver 2024 était dominée par des matières transparentes, avec la majorité des mannequins seins nus sous des chemisiers translucides, des T-shirts moulants et des tops sans manches. Certaines portaient aussi des jupes crayon transparentes, avec des culottes hautes visibles en dessous.

  • La collection d’Anthony Vaccarello mettait en avant des jupes crayon transparentes.

La marque Saint Laurent a été très prisée sur les tapis rouges, avec des stars comme Dominic Sessa, Quinta Brunson et Cillian Murphy portant les créations lors de la saison des récompenses actuelle.

Le défilé à Paris comptait également de nombreuses célébrités, avec Kate Moss, Charlotte Rampling, Rossy de Palma et Georgia May Jagger assises au premier rang. En mettant l’accent sur des matières transparentes “pas adaptées au travail”, ceux qui réfléchissent à leur tenue pour de futures occasions photo auraient sans aucun doute été ravis de découvrir des interprétations différentes du glamour – comme des chemisiers en satin dans des couleurs précieuses, des tailleurs-pantalons aux épaules marquées et aux formes décontractées, et des manteaux « bouffants » prêts pour le disco, fabriqués à partir de plumes de marabout.

La transparence de Saint Laurent est peut-être à nouveau mise en avant en raison d’une exposition, intitulée « Sheer », qui se tient au musée Yves Saint Laurent à Paris, mettant en lumière le travail du designer avec des tissus diaphanes. Cependant, ce n’est pas seulement le fondateur de la marque qui inspire Vaccarello.

Les notes du défilé ont mentionné un moment particulier pour les matières transparentes : la robe « nue » de Marilyn Monroe portée pour chanter « Happy Birthday Mr President » en 1962. Un sujet chaud récemment – après que Kim Kardashian a porté la vraie robe au Met Gala en 2022 – la référence à cet événement montre comment les femmes portant des vêtements révélant et camouflant leur corps conservent un impact plus de 60 ans après Monroe.

Les liens entre la culture et la mode ont été un thème récurrent durant le mandat de Vaccarello chez Saint Laurent. Si un projet à l’été 2023 a vu la marque critiquée pour la vente de t-shirts vintage de groupes de musique pour des milliers d’euros, la marque a continué à renforcer ces liens. Elle a récemment lancé Saint Laurent Babylone, une librairie, dans le 7e arrondissement de Paris. Avec un stock directement sélectionné par Vaccarello, cette initiative est soutenue par des événements durant la Fashion Week de Paris, notamment des séances de dédicaces du mannequin Linda Evangelista et du photographe Juergen Teller, ainsi qu’une exposition de l’artiste britannique Rose Finn-Kelcey.

Ceci fait suite à une série de publicités saluées par la presse de mode, mettant en scène des mannequins plus âgés dont Michael Stipe, Lauren Hutton et, dans une initiative très bienvenue amenant enfin une certaine diversité raciale dans la tendance, une certaine Diana Ross âgée de 79 ans.

Comme de nombreuses marques de luxe, Saint Laurent connaît une baisse de ses revenus. Kering, le groupe propriétaire de la marque, a rapporté une baisse des ventes de 4% à base comparable au troisième trimestre 2023 bien que « la Maison ait enregistré une dynamique positive dans le prêt-à-porter féminin ». Ce défilé – avec son focus sur ces pièces transparentes toujours impactantes – devrait consolider cette position en 2024.