Retour de flamme à la centrale à charbon de Saint-Avold – Science et Avenir › - 1

La haute cheminée rejette à nouveau une épaisse fumée, et un ballet incessant de camions vient décharger la sombre cargaison dans le bruit des turbines : avec l’arrivée des grands froids, la centrale à charbon de Sainte Avold, l’une des dernières de France, a repris le travail lundi.

Source majeure d’émissions de CO2, cette usine devait fermer définitivement fin mars. Mais cet été, le gouvernement en a décidé autrement pour sécuriser l’approvisionnement électrique du pays, compte tenu du conflit en Ukraine et des déboires que connaît le parc nucléaire d’EDF.

A partir de 9 heures du matin lundi, la centrale d’Emil-Husche renvoie de l’électricité au réseau. Les salariés sont « fiers » d’être « au rendez-vous », confie Thomas Abut, un chef de quart de 32 ans, qui était présent lors de la fermeture du site de 41 ans fin mars.

Une excavatrice livre du charbon à la centrale électrique de Saint-Avold en Moselle, le 29 novembre 2022. (AFP – Jean-Christophe Verhagen)

Ce redémarrage aurait pu se produire plus tôt, début octobre, mais les températures sont restées modérées. « Nous attendions que le système électrique ait besoin de nous », explique Camilla Giafrelo, porte-parole de GazelEnergie, la société propriétaire de la centrale.

Le fruit du redémarrage est une « grande réussite collective », selon M. O. Car lui et ses confrères houillers disent avoir un « intérêt collectif lié au corps ».

– « Sentiments partagés –

Un technicien surveille des données dans la salle des machines d’une centrale à charbon à Saint-Avold, en Moselle, le 29 novembre 2022. (AFP – Jean-Christophe Verhagen)

Le coût total de l’opération pour GazelEnergie : 500 millions d’euros, dont 400 millions « pour le charbon et sa logistique », précise Camille Jafrelo. La société a également entrepris une refonte majeure des installations avant la relance.

La loi sur le pouvoir d’achat, votée début août, comportait une mesure permettant à GazelleEnergia de réembaucher des salariés cet hiver. Plus de la moitié ont pris leur retraite et les plus jeunes ont dû être mutés vers de nouveaux projets d’entreprise.

Au total, 70 personnes ont répondu. Si la généreuse prime de 5 800 € bruts par mois offerte aux travailleurs cet hiver était en jeu, alors « il n’y a pas que ça » : « les gens aiment leur travail » et « je veux entretenir quelque chose », explique le gestionnaire de la flotte de charbon. Sylvain Krebs, 47 ans, dont 23 ans dans une centrale électrique.

Rappeler les jeunes retraités était aussi un « devoir » pour une entreprise qui avait besoin de leurs compétences : le charbon, « c’est une industrie lourde, ça s’apprend pas en un claquement de doigts », souligne M. Krebs.

Face aux 420 000 tonnes de charbon à ciel ouvert dont il a la charge, il a pourtant une attitude « mitigée » vis-à-vis de cette extraction, car il est convaincu qu’il faut « tourner la page » par rapport à cette ressource des plus polluantes qu’a gardée la Lorraine. vivant depuis près de deux siècles.

Un camion arrive pour décharger sa cargaison à la centrale à charbon de Saint-Avold en Moselle le 29 novembre 2022. (AFP - Jean-Christophe Verhagen)Un camion arrive décharger sa cargaison à la centrale à charbon de Saint-Avold en Moselle le 29 novembre 2022. (AFP – Jean-Christophe Verhagen)

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Cet hiver, l’usine brûlera 500 000 à 600 000 tonnes à raison de 5 000 à 6 000 tonnes par jour.

La centrale a le droit de fonctionner 2.500 heures jusqu’en mars 2023 pour « protéger le système électrique cet hiver », précise Camille Giafrelo. A pleine capacité, l’Emile-Huchet peut produire jusqu’à 600 mégawattheures et alimenter un tiers des foyers de la région Grand Est.

– « Jouer au yo-yo » –

En France, une seule centrale à charbon est encore en activité, à Cordem, en Loire-Atlantique. En France, plus de 67% de l’électricité produite est d’origine nucléaire, la part des énergies fossiles en 2020 est de 7,5%, dont 6,9% de gaz et seulement 0,3% de charbon.

Centrales au charbon en Europe (AFP - )Centrales au charbon en Europe (AFP – )

Quant à une éventuelle reprise pour l’hiver 2023-2024, GazelleEnergie exhorte le gouvernement à prendre une décision au plus vite.

« Il est hors de question de renvoyer nos salariés chez eux sans visibilité en avril », insiste Mme Giafrelo. « Ce n’est pas humainement possible, on ne peut pas jouer au yo-yo avec 150 personnes », ajoute-t-elle, demandant au gouvernement de prendre une décision « avant avril pour que cette usine puisse fonctionner », peut-être l’année prochaine.

Après la fermeture définitive, la centrale d’Emil Huche sera démantelée pour faire place à de nouveaux projets, notamment une chaudière biomasse qui fournira de la chaleur aux industriels de la plateforme chimique voisine de Carling, que GazelEnergie espère mettre en service fin 2024.