Priscilla, le nouveau film de Sofia Coppola sur l’ancienne épouse d’Elvis Presley, présente son héroïne telle qu’elle est la plupart du temps : entourée de gens mais psychologiquement seule, son intériorité – ses pensées, sa chaleur, ses motivations, ses contradictions – étant maintenue à distance. Elle a 14 ans et est assise dans un café d’une base militaire en Allemagne de l’Ouest avec ses devoirs, sans amis, et apparemment sans trop de ruse. Le rythme de Coppola est rapide; son Priscilla, interprété de manière envoûtante par Cailee Spaeny, est rapidement emporté dans un fantasme de fan adolescente qui semble trop beau pour être vrai et provoquera de nombreux téléspectateurs à vérifier les faits extraordinaires sur Wikipedia. L’un des amis d’Elvis l’invite à une fête chez lui ; l’idole de la musique de 24 ans la regarde, parée comme une jeune étudiante de première année ; il demande du temps avec elle en privé.<\p>

Le film est souvent nostalgique – richement stylé, magnifiquement conçu, s’attardant sur la beauté – mais lucide sur la genèse de cette relation avec un écart d’âge; leur courtisane précoce, baisers chastes et déclarations lamentables de besoin ont la teinte d’un film d’horreur. Elvis, joué par Jacob Elordi (assez efficace, car il n’est pas le point du film), semble principalement attiré par l’aura d’innocence fragile de Priscilla. Elle ressemble à une enfant, une fille d’une naïveté candide et d’une solitude palpable, une image à façonner. “Petite”, l’appelle-t-il. La perception d’Elvis d’elle souligne pourquoi Priscilla Presley, une lycéenne américaine devenue une célèbre épouse, est un sujet idéal pour Coppola. Le film, du moins initialement, semble intéressé à interroger cette distance, pour une femme si souvent reléguée au second plan de son propre récit; pour révéler la femme derrière « épouse du Roi, icône du monde », comme le promettait la bande-annonce.<\p>

Priscilla est très bien positionné pour évoluer dans cette voie; c’est moins une biopic, vraiment, qu’un mémoire, réalisé avec la contribution de la vraie Priscilla et basé sur son livre de 1985, Elvis and Me. Le film n’est pas un récit de sa vie, mais une création de ce que cela faisait d’être avec lui, d’où la dispense de Coppola de la plupart des indications sur la vie d’Elvis. Il n’y a pas d’explication sur son service militaire en Allemagne, peu de sens d’où il en est dans sa carrière ou sa musique, aucune apparition du Colonel Tom Parker, son manager contrôlant joué de manière dramatique par Tom Hanks dans Elvis de Baz Luhrmann. Coppola parvient à transmettre la façon dont Priscilla percevait Elvis : isolé, un distributeur capricieux d’éloges, ou menaçant, un gardien infantilisé, un géant en miniature.<\p>