UNAlors qu’Emmanuel Macron a cherché à réformer radicalement le système des retraites en France en 2019, l’un de ses hauts lieutenants a averti qu’une opposition intense dans les rues ne couperait pas la glace. « Nous ne ralentissons rien », a déclaré Gilles Le Gendre, alors chef du parti La République En Marche de M. Macron à l’Assemblée nationale. « C’est la réforme emblématique du macronisme. »
En fait, les choses se sont ensuite ralenties jusqu’à un arrêt complet, car Covid a forcé les changements proposés à être mis de côté. Mais trois ans et un peu plus tard, c’est un cas de déjà-vu. Mardi, plus de 1,2 million de personnes se sont rendues dans toute la France – alors que des grèves roulantes du secteur public étaient lancées pour protester contre les projets de M. Macron de relever l’âge de la retraite de 62 à 64 ans. Une nette majorité de la population a soutenu les débrayages, malgré l’interruption de transports publics, écoles, services locaux et autres secteurs ; certains sondages ont estimé que jusqu’à 80% des moins de 65 ans s’opposent aux propositions du président.
Les arguments de M. Macron en faveur du relèvement de l’âge minimum de la retraite sont globalement similaires à ceux avancés dans d’autres pays, comme la Grande-Bretagne, où le seuil est relevé à 67 ans. Une population plus âgée dans laquelle plus de personnes vivent plus longtemps, selon le président, a fait arrangements actuels financièrement insoutenables.
Il ne fait aucun doute que les dépenses françaises de retraite sont relativement généreuses, rapportées au PIB. Mais un rapport d’automne du conseil consultatif des pensions du pays a révélé qu’un déficit annuel de 10 à 12 milliards d’euros était gérable dans le contexte de dépenses totales s’élevant à 340 milliards d’euros. Il a également prédit un retour progressif à l’équilibre à partir du milieu des années 2030, en partie à la suite des précédentes vagues de réformes.
Relever l’âge de la retraite est donc un choix politique que M. Macron a décidé de faire, plutôt qu’un impératif économique. Les réformes font partie d’une stratégie plus large visant à remédier aux pénuries de main-d’œuvre. En novembre, le gouvernement a annoncé que la durée pendant laquelle les chômeurs pouvaient prétendre à des prestations complètes pourrait être réduite d’un quart, afin d’encourager les personnes à reprendre le travail.
Sans doute M. Macron espère-t-il que le soutien aux grèves diminuera progressivement. Mais l’ampleur de l’opposition populaire – au milieu d’une crise du coût de la vie et d’un sentiment généralisé de baisse du niveau de vie – devrait faire réfléchir le président. Le mandat de réforme de M. Macron est plus faible que lors de son premier mandat. Il a admis qu’il devait en partie une deuxième victoire électorale, beaucoup plus courte, sur Marine Le Pen, à un « front républicain » d’électeurs déterminés à maintenir la droite radicale hors du pouvoir. Beaucoup de ces électeurs seront dans la rue cette semaine, s’opposant farouchement à ses réformes. A l’Assemblée nationale, sa première ministre, Élisabeth Borne, dirige un gouvernement minoritaire, qui aura besoin du soutien du centre droit pour grincer des dents lors d’un éventuel vote sur les retraites.
En l’absence de majorité parlementaire, M. Macron n’a pas exclu de forcer la législation par décret si nécessaire. Ce serait mauvais pour la démocratie française et un cadeau pour Mme Le Pen, qui exploite avec succès la crise pour positionner la droite radicale en défenseur des droits sociaux dominants. M. Macron n’a plus besoin de courtiser la popularité électorale dans ce qui sera son dernier mandat. Mais il devrait toujours marcher avec une extrême prudence sur un terrain aussi difficile.

Grand fan de mangas et d’animes, je n’aime bien écrire qu’à propos de ses sujets, c’est pour ca que j’écris pour 5 minutes d’actus. Au quotidien de décortique, donne mes avis sur les différents épisodes et chapitres des mangas que j’aime lire.
