
Cet article est extrait de la revue mensuelle Sciences et Avenir – La Recherche n°911 de janvier 2023.
En 2022, deux jalons planétaires ont été franchis. Au total, six de ces seuils fatidiques qui déterminent l’habitabilité de la Terre sont désormais en rouge. Surprendre? Pas vraiment. Car il y a cinquante ans, un rapport scientifique montrait déjà que la poursuite d’une croissance illimitée dans un monde aux ressources limitées entraînerait une déstabilisation de l’équilibre planétaire, mettant l’humanité en grave danger.
Publié en 1972, traduit en 36 langues et vendu à plus de dix millions d’exemplaires, The Limits to Growth a choqué la communauté internationale. Il a été écrit par quatre chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT, USA) – Dennis et Donella Meadows, Jorgen Randers et William Behrens – spécialistes de la dynamique des systèmes, une méthode de modélisation mathématique pour analyser des problèmes complexes.
Le rapport présente des travaux de recherche menés sous la direction de Dennis Meadows par 17 scientifiques de six pays (États-Unis, Norvège, Allemagne, Inde, Iran et Turquie). Il a été commandité par le Club de Rome, un groupe de réflexion qui réunit des hommes d’affaires, des scientifiques et des économistes, dans un contexte où les premières ONG environnementales telles que Greenpeace et le Fonds mondial pour la nature sont nées et où l’opinion publique s’inquiète de la dégradation de l’environnement.
conclusion finale
En deux ans, l’équipe Meadows a développé un modèle mathématique pour prédire l’évolution de plusieurs variables clés : démographie, activité industrielle, production agricole, pollution, ressources naturelles… La conclusion est sans appel : même avec des avancées technologiques ambitieuses, la poursuite de la croissance conduire inévitablement à l’effondrement du système vers la fin. siècle. Autrement dit, une diminution brutale des ressources disponibles, accompagnée d’une détérioration des conditions de vie et d’une baisse de la population de la planète.
Selon les scénarios, cet effondrement est causé soit par une pénurie de ressources non renouvelables, comme le pétrole, qui devient trop cher à extraire ; ou l’érosion des terres agricoles et des niveaux de pollution si élevés qu’ils affectent gravement la production alimentaire. Sur les dix scénarios étudiés, un seul a évité l’effondrement : stabilisation démographique et arrêt de la croissance économique.
« La plupart des économistes ont jeté ce rapport à la poubelle », estime l’économiste Gaël Giraud. – En effet, la grande majorité d’entre eux ne prennent pas en compte ou prennent très peu en compte la question des ressources naturelles. Cependant, le rapport Meadows nous rappelle que le monde réel existe, et si nous ne l’abordons pas, le contrecoup sera sévère. Après de nouvelles éditions publiées en 1992 et 2004, les recherches ont confirmé que le rapport s’avérait correct pour le moment (voir encadré ci-dessous). « Il est difficile d’imaginer que nous puissions soutenir la croissance économique pendant des décennies et résoudre les problèmes environnementaux en même temps. Car 2% de croissance par an pendant un siècle, c’est par exemple six ou sept fois notre production et notre consommation », explique Aurélien Bouteau, chercheur CNRS associé au Lab Environnement, Ville, Société de Lyon et co-auteur du livre « Les Limites planétaires » (éd. La Découverte).
Un scénario de crash qui se confirme.
Jusqu’à présent, les prédictions du rapport Meadows se sont réalisées. Ils ont été confirmés par plusieurs chercheurs, dont l’Australien Graeme Turner en 2012 (tendance vue ci-dessous). L’évolution de diverses variables (alimentation, pollution, production industrielle, etc.) correspond à un scénario conduisant à l’effondrement du système.
Crédit : Bruno Bourgeois
Grâce aux travaux de l’équipe de Meadows, les scientifiques ont tenté de mieux évaluer l’impact de l’humanité sur la planète. L’Empreinte Ecologique, développée dans les années 1990, mesure la superficie de terre nécessaire pour produire les biens et services que nous consommons et absorber les déchets que nous produisons. Il calcule une journée de dépassement au cours de laquelle nous avons pêché plus de poissons, abattu plus d’arbres, cultivé plus de terres que la nature ne peut en fournir en un an et émis plus de gaz à effet de serre que nos océans et nos forêts ne peuvent en absorber.
En 2022, le jour de la dette verte était le 28 juillet. « Nous sommes confrontés à un grave déficit écologique qui ne peut pas durer », s’inquiète Aurélien Bouteau. Pour compléter le tableau, une équipe de recherche du Stockholm Resilience Center en Suède a identifié neuf limites planétaires. Il s’agit notamment du changement climatique, de l’érosion de la biodiversité et d’autres moins connus, comme le cycle de l’azote et du phosphore ou l’acidification des océans (voir encadré ci-dessous).
Six frontières planétaires en rouge
Les scientifiques ont identifié neuf limites planétaires qui correspondent aux processus naturels qui déterminent la vie sur Terre. Pour chacun d’eux, un seuil est déterminé, au-delà duquel il y a un risque de modification et d’overclocking. En 2022, deux de ces seuils biophysiques ont été dépassés : le cycle de l’eau douce, avec un déficit d’eau verte contenue dans les sols et la biosphère, principalement dû au changement climatique et à la déforestation ; et la mise en place de nouvelles installations (pollution chimique), reflétant notamment la surabondance des déchets plastiques dans tous les milieux terrestres. Le prochain sur la liste pourrait être l’acidification des océans, un changement chimique dû à un excès de CO2 dans l’air qui affecte considérablement le plancton, l’épine dorsale de toute la chaîne alimentaire marine.
Crédit : Bruno Bourgeois
L’empreinte écologique et les limites planétaires offrent une vision globale de notre impact sur la planète. Une nécessité quand on sait que les différentes options sont étroitement liées. A tel point qu’une décision qui ne tiendrait pas compte de tous ces facteurs risquerait au contraire d’aggraver la situation.
L’utilisation massive de biocarburants pour réduire les émissions de CO2 de nos voitures et de nos avions, par exemple, aura un impact majeur sur la déforestation. « Il ne s’agit pas de recourir constamment à des solutions alternatives. Il faut juste consommer moins d’emballages, d’énergie, d’aliments transformés, etc. », explique Sandra Lavorel, écologiste, membre de l’Académie des sciences, co-auteur de l’étude. Rapport IPBES (Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques).
Une attention particulière est portée aux énergies fossiles et à l’agriculture intensive.
Le pas à franchir est important : diviser par deux notre empreinte écologique au niveau mondial et par deux en France. « Dire qu’on peut régler le problème avec des solutions purement technologiques semble problématique, explique Aurélien Bouteau. Le chercheur insiste sur l’importance de l’effet rebond : lorsqu’une nouvelle technologie permet de réduire notre influence, cette baisse est compensée par une augmentation de la consommation. « Avant tout, il faut appeler à la sobriété. La meilleure énergie est celle qu’on n’utilise pas, la meilleure ressource est celle qu’on n’a pas eu à extraire », confirme Philippe Beeui, ingénieur et auteur de L’Age des low tech. (éd. du Seuy).
Deux secteurs ont un impact particulièrement fort sur notre empreinte écologique : les énergies fossiles, très émettrices de CO2, et l’agriculture. « Notre agriculture intensive produit beaucoup, mais détruit aussi beaucoup », explique l’agronome Marc Dufumier, évoquant les labours qui détruisent l’humus des sols, l’impact des pesticides et des engrais sur la biodiversité et la pollution des eaux. Sans oublier que l’agriculture et l’élevage représentent à eux seuls 30% des émissions de gaz à effet de serre.
Selon une étude de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), réduire notre consommation de viande et passer à l’agroécologie réduira considérablement notre empreinte écologique si nous nourrissons 10 milliards de personnes en 2050. » le reste ne peut être réduit que collectivement », insiste Aurélien Bouteau. Ainsi, changer les modes de consommation est nécessaire mais pas suffisant.
« Nous n’avons aucune chance de résoudre le problème en maintenant le modèle économique et social actuel », confirme Sandra Lavorel. « La question n’est pas de changer de modèle, mais de déterminer ensemble comment y parvenir. Plus nous attendrons, plus le changement sera difficile.
CHRONOLOGIE
1972 : Publication du rapport Meadows.
1990 : Premier rapport du GIEC.
2009 : Définition de neuf limites planétaires.
2015 : Accord de Paris.
2022 : Dépassement de la sixième limite planétaire.

Grand fan de mangas et d’animes, je n’aime bien écrire qu’à propos de ses sujets, c’est pour ca que j’écris pour 5 minutes d’actus. Au quotidien de décortique, donne mes avis sur les différents épisodes et chapitres des mangas que j’aime lire.
