
Un village côtier paisible dans le golfe du Kutch en Inde est le théâtre d’une bataille héroïque de la part d’une ancienne communauté de pêcheurs contre certaines des plus grandes institutions financières du monde. Autrefois un lieu vibrant d’une riche biodiversité, la région a subi une transformation dramatique après l’installation d’une centrale électrique au charbon par Tata, le plus grand conglomérat d’Inde, malgré l’opposition locale. Peu de temps après, les poissons ont commencé à disparaître de la région, causant des ravages sur l’écosystème ainsi que sur les moyens de subsistance des habitants. Tourné sur une période de 10 ans, le documentaire captivant de Sheena Sumaria témoigne d’une lutte pour la justice étonnante, contre toute attente.
Exploité par Tata, l’usine a été partiellement financée par l’International Finance Corporation (IFC), le bras financier de la Banque mondiale. Par conséquent, les pêcheurs, avec l’aide d’avocats spécialisés en environnement à Washington DC, ont intenté un procès contre les deux organisations. Leurs revendications, cependant, ont été rejetées par les tribunaux américains, où les juges ont estimé que l’IFC, et par extension la Banque mondiale, ne pouvaient pas être tenus responsables de leurs investissements. En ce sens, de telles institutions sont au-dessus de la loi. Cependant, l’espoir demeurait, car l’équipe a continué à porter l’affaire devant la Cour suprême des États-Unis.
Sur le plan strictement narratif, alors qu’il zigzague entre les États-Unis et l’Inde, le film aurait pu éclairer davantage la relation entre les pêcheurs et l’équipe juridique; ils semblent exister dans des mondes séparés et parallèles, même lorsque leurs objectifs sont les mêmes. Comparées aux sections plutôt stériles aux États-Unis, la vie quotidienne des villageois est beaucoup plus dynamiquement filmée. Et l’un des thèmes les plus émouvants est la manière dont les luttes de la communauté sont exprimées à travers des chansons. De temps en temps, les anciens du village entonnent une mélodie qui immortalise leurs tourments. Même si les autorités choisissent de détourner le regard, leur situation perdurera à travers ces traditions orales mémorables.
