Déprogrammation, contamination des soignants… Omicron, un virus un peu "modéré" pour l'hôpital › Geeky News - 1

100 000, 150 000, 200 000, 300 000 cas par jour… Déjà sous l’eau avec Delta, les hospitaliers scrutent les courbes des nouvelles infections liées à Omicron, craignant de se retrouver à nouveau débordés. « C’est vertigineux. La première semaine de janvier, entre 100 et 150 patients supplémentaires étaient hospitalisés chaque jour en Ile-de-France. Nous sommes sur le pont en permanence, pour nous mettre en situation de pouvoir accueillir 5 000 patients en soins conventionnels dans les prochains jours, en plus de la réanimation », indique Didier Jaffre, directeur de l’offre de soins de l’Agence régionale de santé.

Si Omicron semble provoquer proportionnellement beaucoup moins de cas graves que les variantes précédentes, la vague due à ce virus ultra-transmissible ne semble pas encore plus facile à gérer pour les hôpitaux. Son ampleur, tant en médecine qu’en réanimation, reste une grande inconnue : « Les Anglais nous disent qu’avec Omicron ils ont accès aux soins critiques pour dix hospitalisations, mais en ce moment on en a plutôt une pour quatre, car Delta c’est quand même circulant », précise le Pr Gilles Pialoux, chef du service d’infectiologie de l’hôpital Tenon (AP-HP) à Paris. Et, à vrai dire, les données étrangères ne semblent pas, pour beaucoup, si rassurantes : « Ce qui nous fait peur, c’est la vitesse à laquelle les flux médicaux ont augmenté au Royaume-Uni et aux États-Unis. Non « Nous n’avons jamais eu à y faire face », confirme le Pr Jean-Luc Jouve, président de la Commission médicale pour la création de l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille.

Comme toujours, les déprogrammations s’accélèrent, faisant payer le prix fort de la crise aux patients souffrant d’autres pathologies. « Un patient programmé début 2020 pour une intervention pour mal de dos invalidant en est à sa quatrième annulation. Il n’y a pas d’espoir », lance Catherine Defendini, responsable du collectif Iade (infirmières anesthésistes) d’Ile-de-France, infirmière à l’Henri-Mondor. Hôpital de Créteil (AP-HP). Mais le contexte n’est plus le même que lors des premières vagues. Alors que nombre de soignants ont quitté le navire ces derniers mois, ces reports de soins touchent à leur limite : « Début 2020, nous avions ouvert jusqu’à 60 lits de réanimation et 200 lits dans les services médicaux pour les patients atteints d’aujourd’hui, nous ne pouvions ‘ n’allons plus aussi loin : nous n’avons tout simplement plus les soignants nécessaires, sauf pour arrêter aussi la chirurgie du cancer », s’inquiète le Dr Jean-Marie Woehl, qui représente les médecins du centre hospitalier de Colmar.

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Personnel asymptomatique positif autorisé à travailler

Aux postes vacants, Omicron ajoute une difficulté supplémentaire : la contamination des soignants. « Il est difficile d’avoir une vision globale des arrêts maladie, mais localement, dans certains services, on peut atteindre jusqu’à 15% ou 20% d’absentéisme », rapporte Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération française des hôpitaux. De quoi déstabiliser des organisations parfois déjà très fragiles. A Draguignan (Var), par exemple, où le service des urgences a dû fermer il y a quelques mois à partir de 20h30 faute de médecins, le projet de retour à la normalité continue d’être reporté : « Nous ne voulons pas risquer rouvrir à devoir refermer serait très préjudiciable », regrette le Dr Jean-Marc Minguet, président de la commission médicale de l’établissement.

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Pour faire face à la désorganisation, les pouvoirs publics ont autorisé le personnel positif asymptomatique ou peu symptomatique à travailler. « Mais cette mesure ne va pas être facile à mettre en œuvre. Si un médecin licencie du personnel positif, je ne vois pas comment on peut aller contre. Sans parler du risque de contamination des patients ou de conglomérats apparaissant dans les services », souligne le professeur Jean-Luc Jouve.

Dès lors, les appels aux retraités ont repris, avec moins de succès que lors des premières vagues, ainsi que ceux pour les heures supplémentaires. « Dans certaines équipes, il a aussi fallu augmenter le nombre de patients par infirmier, à 13 contre 8 habituellement », explique le professeur Gilles Pialoux, infectiologue à l’hôpital Tenon (Paris). En Ile-de-France, où l’incidence est particulièrement élevée, tous les dispositifs de crise ont été réactivés : « Nous nous réunissons deux fois par semaine avec tous les établissements en conférence téléphonique. Idem avec les délégués de la médecine de ville « Nous avons aussi une cellule régionale de gestion des lits, qui est ensuite déployée dans chaque service. Pour nous assurer d’avoir l’information en temps réel, nous avons recruté des étudiants en médecine pour appeler les établissements », explique Didier Jaffre, de l’ARS. Ses services viennent également d’autoriser le Samu à placer les patients en attente de lit dans des « établissements tampons », capables de leur fournir une chambre pour les accueillir temporairement au lieu de les laisser attendre sur des brancards aux urgences, voire dans des ambulances.

« Tout le système se bloque »

Dans cette nouvelle vague, les services médicaux sont particulièrement sous pression. « Nous ne pouvons plus hospitaliser tous les patients que nous garderions normalement en observation. Nous les renvoyons chez eux en leur disant de revenir si leur état s’aggrave. C’est stressant pour tout le monde », raconte Louise, infirmière à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). . Entre autres explications, de nombreux hôpitaux peinent à sortir les patients qui n’ont plus besoin de soins aigus, faute de place dans les structures de SSR, de soins de suite et de réadaptation. « Tout le système est bloqué, car ces établissements ont aussi des postes vacants et du personnel malade », explique le docteur Woehl, à Colmar.

« Il suffit de tout désorganiser », confirme le Dr Thierry Godeau, représentant des médecins au centre hospitalier de La Rochelle. Dans votre région comme ailleurs, l’Agence régionale de santé encourage les médecins généralistes à s’impliquer pour permettre la prise en charge à domicile des patients sous oxygène. Là encore, la déprogrammation, même dans le secteur privé, offrira de l’air : « En réduisant le nombre total d’opérations, nous préservons aussi des lits SSR pour la sortie de nos patients médicaux », explique le Dr Godeau. En Ile-de-France, l’ARS a même créé une « cellule SSR » pour rechercher les lits disponibles à la place des hôpitaux.

Les cliniques ne sont pas épargnées par Omicron. « Nous avons récemment rappelé que tous les secteurs doivent participer. Dans notre région, nous avons instauré la règle des tiers : un tiers des malades du Covid en Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, un tiers dans les autres établissements publics, un tiers dans les cliniques et le secteur privé associatif », précise Didier Jaffre. Pour le moment, contrairement à la première vague, seuls l’Institut Curie et le Gustave-Roussy, dédiés aux traitements contre le cancer, continuent de fonctionner normalement. La Fédération française des hôpitaux insiste pour que cet effort partagé se poursuive après la vague : « Il faudra répartir les patients sortant de réanimation et ceux souffrant de Covid prolongé entre le secteur public et le secteur privé. Nous plaidons également pour un plan de programmation publique de la santé, afin que les cliniques et les hôpitaux participent à la reprise des activités non réalisées », insiste Zaynab Riet.

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« A chaque pause de l’épidémie, nous devons recevoir des patients non programmés, qui ont souvent empiré. Donc, on est en permanence au régime et on est tous épuisés », témoigne Quentin Mitoire, infirmier anesthésiste en réanimation chirurgicale au CHU de Strasbourg. Les hôpitaux ne le savent désormais que trop bien : les suites beaucoup moins médiatisées de la vague s’avèrent également très difficiles.

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