Jacques Delors, président de la Commission européenne lors de ses années les plus impériales et les plus confiantes, est devenu malgré lui le symbole gaulois pour les eurosceptiques britanniques de tout ce qu’ils craignaient et méprisaient du grand projet européen. Cette perplexité ne l’a pas déconcerté, surtout compte tenu du fait que, après son départ, la structure et les objectifs de l’Union européenne sont restés très similaires à ce qu’il avait prévu pendant sa décennie à Bruxelles. Nommé à trois reprises en tant que président, il a des revendications pour être l’architecte et leader les plus significatifs du projet européen depuis son émergence après la Seconde Guerre mondiale.

L’ironie était que la grande réalisation de Delors, décédé à l’âge de 98 ans, était la création d’un marché unique réglementé pour le commerce, les biens et les services à travers l’Union européenne, une idée à laquelle Margaret Thatcher, sa nemesis, a adhéré avec enthousiasme. Cependant, il voulait aller beaucoup plus loin qu’elle et certains autres leaders européens, voyant le besoin concomitant d’une monnaie unique et d’un système de gouvernance fédéraliste plus puissant et centralisé dans une économie mondiale constituée de blocs de puissance concurrents. « La souveraineté nationale ne signifie plus grand-chose … la coopération volontaire ne fonctionne jamais », a-t-il déclaré. « Pour affronter les défis américains et japonais, nous devons être supranationaux », a-t-il ajouté, plusieurs années avant l’émergence de la Chine en tant que puissance économique.

# Des objectifs initiaux de Delors pour l’Union européenne
# La perception de sa nationalité et de son accent
# Son éducation et formation
# Ses réalisations en tant que président de la Commission européenne.

Delors, avec sa background de classe moyenne inférieure, son éthique de travail féroce, sa forte foi religieuse alliée à une conviction économique en faveur d’une austérité fiscale et d’une prudence anti-inflationniste, aurait pu être un allié naturel des Premiers ministres conservateurs. Thatcher avait soutenu sa nomination à la Commission en 1984, et sa réélection ultérieure. Malgré cela, sa francité même, son fort accent, son tempérament mécontent et un peu rancunier, et sa confiance gauloise en un gouvernement centralisé, ont joué contre lui alors que les opinions populaires de part et d’autre de la Manche ont commencé à changer en réaction au ralentissement économique, à l’insécurité de l’emploi et à l’augmentation du chômage.

Ce qui était remarquable était que Delors ne venait pas de l’élite française privilégiée des énarques, diplômés de l’École nationale d’administration, mais avait réussi par sa capacité, son application et son travail acharné. Fils unique de Jeanne (née Rigal) et Louis Delors, un vétéran gravement blessé de la première guerre mondiale qui avait quitté la région rurale de la Corrèze dans le centre-sud de la France pour devenir messager à la Banque de France à Paris, Jacques était né dans le 11ème arrondissement ouvrier de la capitale.

# Origines modestes de Delors
# Ses croyances et formation
# Son entrée en politique
# Changement de perception envers l’Europe après son discours au congrès du TUC

Son éducation a été interrompue par la Seconde Guerre mondiale, après laquelle il a été détourné de l’université par l’insistance de son père à ce qu’il le suive à la Banque de France. Sinon, il aurait pu devenir designer de mode, réalisateur de films ou journaliste sportif. Au lieu de cela, il a travaillé comme gestionnaire de titres, a étudié l’économie le soir et s’est marié à un autre membre du personnel, Marie Lephaille, d’origine basque, en 1948. Il a accepté un poste d’économiste auprès d’un syndicat chrétien qui a apprécié ses compétences pour expliquer clairement les concepts économiques.

# La reconnaissance de son expertise et ses implications en politique

Dans les années 1960, cette facilité et cette sériosité l’ont conduit à la politique, en tant que conseiller du gouvernement gaulliste puis du Parti socialiste, tempérant son laïcisme. Sous Mitterand, il est devenu ministre de l’Économie du gouvernement (1981-1984), acquérant la réputation d’avoir sauvé la France de l’effondrement financier en freinant les politiques de dépenses sauvages. Il a impressionné les ministres des Finances européens et même finalement Mitterand, malgré l’opposition de la plupart de ses collègues ministres.

Sous Delors, la commission est devenue plus énergique et assertive, mais aussi plus étroitement gouvernée par le cabinet du président composé principalement de personnel français. Ils avaient – comme lui, mais contrairement à beaucoup d’autres à la commission – une éthique de travail stakhanoviste et une arrogance dans l’application de la volonté du président dans ses départements.

# Son système de gouvernance pour l’Union européenne
# La perception européenne de sa personnalité
# Ses relations avec d’autres leaders européens

La commission, autrefois décrite comme une fonction publique avec une attitude, était dans un état de torpeur complaisante lorsque Delors est arrivé. En l’espace de quinze jours, après des consultations avec les gouvernements nationaux, il a bousculé les choses en annonçant des plans de lancement d’un marché unique européen sur les sept prochaines années, en supprimant les barrières commerciales et la discrimination contre les concurrents étrangers. La stase de la prise de décision à Bruxelles a été contrecarrée en réduisant les pouvoirs de veto des pays.

# Ses objectifs initiaux pour l’Union européenne
# La méconnaissance de certaines coutumes nationales
# Sa gestion dans la prise de décisions

Il est devenu clair que Delors était un architecte et leader important du projet européen. Malgré la complexité de ses objectifs, ils ont été élaborés avec habileté, mais ses méthodes ont été critiquées pour leur arrogante confiance en un gouvernement centralisé, ce qui n’était pas bien perçu sur les deux côtés de la Manche.

Delors ne luttait pas pour sa propre gloire, mais pour un projet qu’il croyait fidèlement. Son héritage en tant que président de la Commission européenne sera sans aucun doute discuté et revendiqué au sein de l’Europe. Son impact sur l’Union européenne sera rappelé pour les années à venir.