Lies We Tell : Un drame gothique fascinant et méconnu à découvrir

Avec la prolifération des films haut de gamme qui se disputent les récompenses, il est facile de passer à côté de ce drame gothique joliment ficelé qui réussit pourtant à se démarquer. Inspiré du roman Uncle Silas de Sheridan Le Fanu, datant du XIXe siècle, ce film est peu connu en dehors des départements de littérature universitaires. Les acteurs principaux ne sont pas non plus des noms particulièrement célèbres, même si David Wilmot, à la voix rauque, qui incarne ici le rôle principal, s’est fait remarquer dans des seconds rôles mémorables au cinéma (The Wonder, Ordinary Love, Calm With Horses) et à la télévision (Station Eleven). De même, si vous avez regardé la série limitée Ridley Road, vous connaîtrez déjà les talents d’Agnes O’Casey. Mais c’est précisément la nouveauté des visages et/ou la polyvalence d’O’Casey et de Wilmot, ainsi que celle du reste du casting, qui rendent ce film si captivant. Il propose quelque chose de nouveau et de différent en remettant intelligemment au goût du jour certaines notions littéraires féministes classiques, le tout filtré à travers une approche résolument contemporaine du genre historique, avec sa bande-son angoissante, son montage nerveux et ses clins d’œil aux codes de l’horreur.

  • Une adaptation cinématographique du roman Uncle Silas de Sheridan Le Fanu
  • Des acteurs talentueux mais peu connus
  • Une approche moderne des thèmes féministes
  • Une ambiance gothique et angoissante

Au sein d’une imposante demeure baptisée Knowl, située quelque part dans la campagne irlandaise et décrite à un moment donné comme « une caserne », Maud Ruthyn (O’Casey), une adolescente, hérite de tout après la mort de son père. Cependant, étant encore mineure et pire encore, une femme, elle n’est pas considérée comme apte à prendre des décisions par elle-même. Maud devient donc la pupille de son oncle Silas (Wilmot) jusqu’à sa majorité. Soucieuse de respecter les volontés de son père et les termes de son héritage, Maud accueille Silas chez elle même si elle le connaît à peine et qu’il a été autrefois accusé d’avoir assassiné un homme à qui il devait de l’argent – mais s’en est sorti faute de preuves. Silas, qui dégage une fausse bonhomie rappelant celle d’un cobra rencontrant pour la première fois une mangouste, s’installe tranquillement chez Maud, amenant avec lui son fils délinquant Edward (Chris Walley) et sa fille volage Emily (Holly Sturton), ainsi que la gouvernante d’Emily, Madame (Grainne Keenan). Peu de temps après, les intentions sinistres de Silas deviennent évidentes : il veut contraindre Maud à épouser son cousin Edward et corrompt les domestiques pour qu’ils se retournent contre elle. Lorsque la brutalité par procuration ne fonctionne pas, les conspirateurs la menacent de la faire interner dans un asile pour femmes hystériques, équipé d’un appareil de torture ressemblant à une simulation de noyade utilisée au XIXe siècle.

Mais Maud a l’instinct de survie d’une mangouste et le regard altier et bleu d’une grande dame aristocratique qui ne se laisse pas manipuler aussi facilement. Le scénario d’Elisabeth Gooch utilise le langage fleuri de l’époque juste ce qu’il faut pour ajouter de la crédibilité sans s’enliser dans des circonlocutions, et la performance d’O’Casey est tranchante comme un couteau de cuisine. C’est un plaisir de la voir se livrer à un jeu verbal avec Silas, incarné par Wilmot, où ils se taquinent avec subtilité selon les règles de civilité, mais deviennent de plus en plus acrimonieux à mesure que les enjeux augmentent. La réalisatrice Lisa Mulcahy (Wasteland, The Legend of Longwood) ouvre la voie et les laisse s’exprimer avec une mise en scène sûre et perspicace.

Note : Lies We Tell sortira le 13 octobre dans les cinémas irlandais et nord-irlandais.