Comment faire un film sur une personne pour laquelle il n’existe aucune image en mouvement ? Plongeant dans les mystères entourant Leonie Brandt, actrice devenue agent double pour le service de renseignement néerlandais pendant la Seconde Guerre mondiale, le documentaire d’Annette Apon utilise l’abondant archive du Musée du film Eye. Malheureusement, cette approche obscurcit plutôt qu’elle n’éclaire un énigme historique.
Le film montre les « grands moments » de la vie de Brandt, de sa brève carrière d’actrice à ses exploits audacieux en Allemagne nazie, en utilisant un large éventail de clips principalement issus de films muets, les images étant montées ensemble comme des illustrations littérales des événements racontés par la voix off. Il n’y a guère de propos stylistique ici, car le film oscille entre le point de vue à la première personne de Brandt et la perspective à la troisième personne d’Apon. Pour les cinéphiles qui connaissent leur histoire du cinéma, voir des images présentant des visages aussi reconnaissables que celui d’Asta Nielsen utilisées comme des panneaux signalétiques visuels de la biographie de Brandt est peu utile. Entre ces séquences, on trouve des extraits mis en scène d’une interview de 1995 entre un avocat appelé Besier qui connaissait Brandt pendant les années d’après-guerre et un chercheur non nommé. Sous ces couches inutiles d’artifice et de reconstitution, la vraie Leonie Brandt disparaît malheureusement plus encore dans les ombres du passé.
La curiosité d’Apon semble ne s’étendre qu’aux propres paroles de Brandt et aux souvenirs de Besier. Son film rappelle constamment que les activités d’espionnage de Brandt découlaient toutes de son amour pour le métier d’actrice. Si l’aspect performance des travaux de renseignement est certainement remarquable, l’espionnage ne se résume pas à un jeu d’enfant. Qu’en est-il des convictions politiques de Brandt ? Pourquoi Brandt a-t-elle écrit avec autant d’enthousiasme à propos de sa (supposée) rencontre avec Hitler ?
En mythifiant Brandt en un cliché romantique mais vide d’une actrice ratée qui ne peut tout simplement pas arrêter de jouer, ce portrait défectueux est plus intéressé par l’iconisation que par l’élaboration d’une personnalité indéniablement complexe.
***Point importants de l’article :***
– Le documentaire de Annette Apon sur Leonie Brandt utilise les archives du Musée du film Eye.
– Le film montre principalement des clips de films muets et alterne les points de vue à la première et à la troisième personne.
– Le portrait de Brandt est critiqué pour ne pas avoir développé suffisamment sa personnalité complexe.
– Les convictions politiques de Brandt et son rapport avec Hitler ne sont pas explorés.
– Le film mythifie Brandt en la présentant comme une actrice ratée qui utilise l’espionnage comme un jeu d’enfant.
