La saga GameStop, un opéra financier qui a forcé beaucoup d’entre nous à feindre soudainement une expertise dans le phénomène du « short squeeze », est en passe de devenir un film à Hollywood. Adapté du livre de Ben Mezrich intitulé The Antisocial Network, ce thriller financier au rythme effréné se concentre sur une histoire complexe, mais la raconte d’une manière accessible au grand public.

  • La saga GameStop, un opéra financier
  • La transformation de l’histoire en un film
  • L’adaptation de The Antisocial Network
  • Un thriller financier accessible

La saga GameStop s’est déroulée sur Reddit puis a fait son chemin jusqu’à Wall Street en quelques semaines seulement. En quelques mois, elle est devenue un succès de librairie sur Amazon. Il était donc inévitable qu’elle devienne un film en à peine deux ans.

Ce projet a été lancé en même temps que d’autres, mais c’est l’adaptation de The Antisocial Network de Ben Mezrich, rebaptisée Dumb Money, qui a remporté la course à la production. Ce film astucieux et divertissant parvient à simplifier une histoire complexe. En racontant l’histoire sous la forme d’une mosaïque de personnages, les scénaristes Lauren Schuker Blum et Rebecca Angelo trouvent des moyens de la rendre accessible au grand public. Les spectateurs sont ainsi plongés dans le monde de Keith Gill, un homme qui a utilisé Reddit et YouTube pour susciter l’intérêt pour les actions de GameStop. Il est soutenu par sa femme, également très investie. On découvre également les réactions des courtiers de Wall Street, qui sont passés du rire aux larmes en voyant leurs comptes bancaires fondre. Les développeurs de logiciels qui ont facilité l’accès aux actions sont également présents, tout comme les personnes qui ont suivi les conseils de Keith, du travailleur d’une boutique GameStop à une mère célibataire infirmière, en passant par deux étudiants endettés.

Le scénario, malgré son foisonnement de personnages, parvient à justifier cette large distribution en jonglant habilement avec la colère, l’extase, le doute et la peur qui se sont propagés à l’époque, tant dans les salles de conférence que dans les chambres universitaires. La période de désillusion massive vis-à-vis des riches et des systèmes qui les protégeaient est subtilement illustrée sans être lourde. On voit comment la pandémie de Covid a contribué à créer une tempête parfaite en entraînant des pertes en vies humaines, en emplois et en libertés. La soudaine obsession pour la marque GameStop était liée à une nostalgie des jours de gloire des rues commerçantes et des centres commerciaux, tous deux encore plus détruits par la pandémie. L’année précédente, plusieurs films critiquant les riches, comme The Menu, Triangle of Sadness et Glass Onion, se limitaient souvent à une vision étriquée des politiques de classe. Bien que Dumb Money reste assez généraliste, il offre quelque chose de plus constructif, une bataille de David contre Goliath passionnante.

Craig Gillespie, le réalisateur, parvient à simplifier un univers souvent rebutant sans le censurer. On nous montre les mots offensants souvent utilisés par les utilisateurs, mais aussi comment le discours anticapitaliste dérive parfois en attaques antisémites. C’est un film rare qui traite de la culture numérique et qui est bien équilibré, aussi accessible aux initiés qu’aux ignorants. Gillespie, spécialisé dans les récits historiques récents et populaires, d’I, Tonya à Pam & Tommy à Mike, s’inspire clairement du film culte de 2010, The Social Network. Bien qu’il calme certaines de ses impulsions les plus provocatrices en utilisant ce film comme source d’inspiration, on ne peut s’empêcher de remarquer qu’il n’est pas David Fincher et que Schuker Blum et Angelo, aussi spirituelles que puisse être leur dialogue, ne peuvent pas le remplacer Aaron Sorkin. Dumb Money est un film divertissant et rapide, mais pas aussi percutant. Il est agréable à regarder, mais ne laisse pas une forte impression une fois terminé.