À contre-courant : deux pêcheurs face aux défis de la mer de Bombay
Le documentaire poignant de Sarvnik Kaur suit deux pêcheurs et amis issus de la communauté Koli de Mumbai, qui poursuivent leur gagne-pain de différentes manières. Ganesh, un travailleur sympathique, dirige une grande équipe et utilise les dernières techniques pour des expéditions en pleine mer. Il vit dans un appartement moderne avec sa femme Manali et circule en ville dans une fourgonnette sur laquelle est inscrit son nom d’utilisateur Instagram – « Le dernier pêcheur de Bombay ».
En revanche, le modeste Rakesh, qui habite avec sa femme Devyani, leur fils nourrisson et sa belle-mère, s’en tient aux méthodes traditionnelles de pêche Koli, faisant confiance à ses ancêtres et se limitant aux eaux peu profondes et à un modeste bateau. Au fil des discussions nocturnes qui ponctuent le film, le fossé culturel et économique entre les deux hommes se révèle. Ganesh encourage son ami à élargir ses horizons, mais les ambitions de Rakesh se limitent au rêve d’avoir des toilettes chez lui.
Kaur a déclaré que, pendant la production, l’un de ses monteurs voulait savoir qui était le méchant du film. La force d’À contre-courant réside cependant dans son impartialité, dans son insistance à montrer que les deux hommes sont victimes des mêmes catastrophes capitalistes et écologiques. Malgré sa pauvreté et la mauvaise santé de son fils, c’est Rakesh qui se révèle le plus déterminé des deux, trouvant du réconfort dans sa spiritualité. Quant à Ganesh, qui aime les bijoux clinquants, il s’enfonce dans les dettes et envisage de réduire la taille de son exploitation. Il va avoir besoin d’un bateau plus petit.
Kaur et son directeur de la photographie, Ashok Meena, sont attentifs à toutes les tensions et subtilités possibles, même s’il aurait été agréable de voir une interaction, aussi brève soit-elle, entre Manali et Devyani. Une image particulièrement poétique apparaît tôt dans le film, semblant montrer Rakesh marchant sur l’eau, mais il s’agit seulement d’un jeu de lumière ; l’aube resplendit sur le sable humide et strié lorsqu’il avance tout en laissant derrière lui les bateaux échoués. Même lorsque nos yeux s’adaptent à la réalité, l’aura du miraculeux persiste.
