Une découverte sensationnelle. Le nouveau film de Laurence Vannicelli, réalisateur et scénariste, est la suite de son premier opus peu vu, Vera. Il s’agit là d’un morceau de quasi-horreur élégant et dépouillé, à tel point qu’il n’est presque plus effrayant malgré quelques sursauts surnaturels. Il s’inscrit davantage dans la tradition des thrillers psychologiques d’antan que les critiques regrettent toujours, tels que Ne vous retournez pas (1973) ou Obsession (1976), évoluant tous deux dans l’ambiguïté et les recoins sombres de la psyché des amoureux. Dans ce cas précis, Mother, May I? fouille les profondeurs obscures de l’esprit masculin, où les hommes emprisonnent leurs sentiments compliqués envers leurs mères. Mais ces sentiments s’échappent et perturbent les relations amoureuses présentes.
- Une suite de quasi-horreur élégante et dépouillée
- Réminiscence des thrillers psychologiques des années passées
- Exploration des recoins sombres de la psyché amoureuse
Le cœur de cette histoire est la mère, Tracy (interprétée par Robin Winn Moore), qui est retrouvée morte dès les premiers instants du film, gisant sur le sol, avec des insectes rampant sur elle, tandis que les autorités débarquent pour prendre des notes et des mesures. Son unique enfant, Emmett (joué par Kyle Gallner), rassemble ses cendres après la crémation, puis les répand sans cérémonie sur un lac voisin, accompagné de sa petite amie poète, Anya (interprétée par Holland Roden). Ils inspectent ensuite la maison héritée de Tracy, mais qu’Emmett n’a pas visitée depuis des années, une charmante grange convertie de l’état de New York, remplie de souvenirs de la jeunesse bohème de Tracy en tant que danseuse.
Petit à petit, nous apprenons qu’Emmett a été placé en famille d’accueil lorsqu’il était jeune et qu’il se souvient à peine de sa mère, qu’il blâme toujours profondément pour son apparente abandon. Tout cela ressort lors de séances de psychodrame étranges auxquelles Anya, dont la mère est thérapeute, insiste pour qu’Emmett participe. Ils s’imaginent être l’un et l’autre afin d’explorer leurs sentiments. Cette situation semble maladroite et bizarre en soi, mais devient encore plus étrange lorsqu’ils prennent des champignons hallucinogènes une nuit. Anya commence à se comporter exactement comme Tracy, même si elle n’a jamais rencontré cette femme, en s’entourant la tête de foulards à la manière de Little Edie dans Grey Gardens. Elle continue de jouer ce rôle bien après que les effets des champignons se soient dissipés. Est-elle possédée ou simplement perdue dans ses propres jeux mentaux ?
Vannicelli aborde ces questions avec style. En collaboration avec le directeur de la photographie Craig Harmer, il utilise des techniques cinématographiques d’aliénation d’époque, notamment des zooms subtils, des plans à longue distance et des cadrages des acteurs qui les regardent droit dans les yeux – autant d’éléments qui créent une atmosphère troublante. Vannicelli ne parvient pas tout à fait à tout rassembler dans le dernier acte, mais il y a une immense maîtrise et des performances remarquables des deux acteurs principaux qui se complètent à merveille. Comment ne pas aimer un film doté d’une ponctuation aussi élégante dans son titre ?
