Le cinéma traverse une phase où le matériel franchisé ou générique – ou tout simplement n’importe quoi – est produit de manière de plus en plus impersonnelle en tant que « contenu ». Cependant, il y a en même temps une réaction, un désir de quelque chose de réel et d’organique au cinéma, quelque chose avec l’imperfection artisanale et la fantaisie qui ne peuvent pas être cultivées dans un environnement d’entreprise. Une sorte de mouvement de « bière artisanale ». Les films de superhéros commencent à lasser et les animations de Pixar commencent à sembler trop programmatiques.

  • Le nouveau mouvement du cinéma
  • L’influence croissante des films « fait maison »
  • Marcel the Shell With Shoes On, le bénéficiaire ultime de cette tendance
  • Un film réalisé en stop-motion
  • Un fanbase engendré sur YouTube
  • Une relation drôle et attachante entre Dean et Marcel

Marcel the Shell With Shoes On est le bénéficiaire ultime de cette nouvelle envie : le film de Dean Fleischer Camp et Jenny Slate est si aérien, si petit, si excentrique, si exotique, qu’il semble briser toutes les règles de la relation instantanée. Il évite de manière capricieuse la facilité et l’argumentaire simplifié. Même le titre est déroutant et oubliable – les première et troisième mots sont-ils censés rimer? – nécessitant deux ou trois répétitions avant de pouvoir être mémorisé.

C’est un film avec une base de fans issue du grassroots qui avait déjà été cultivée en ligne, car il a été développé à partir d’une série loufoque sur YouTube. Le réalisateur emménage dans un Airbnb après la rupture de son mariage pour y découvrir que quelqu’un ou quelque chose est déjà dans la maison : un coquillage de la taille d’un ongle appelé Marcel avec une petite voix (fournie par la co-scénariste Jenny Slate); son origine apparemment européenne le fait sonner comme une importation continentale.

Marcel a un grand œil clignotant et de petits souliers mignons. Et il s’occupe de sa grand-mère coquillage (interprétée par Isabella Rossellini) qui aime la poésie de Philip Larkin. Le scénario notionnel est un récit de quête : Marcel essaie de retrouver le reste de sa famille, qui a été accidentellement emmenée par les anciens habitants humains de la maison. Marcel et Dean font appel à l’aide de la lectrice de nouvelles télévisées Lesley Stahl de l’émission 60 Minutes pour retrouver son clan élargi. Il donne également à Dean des conseils émotionnels très calmes et sages.

L’existence de Marcel n’est pas comme celle de Woody et Buzz dans Toy Story : il ne brille pas de détails spirituels et de touches de design intelligents : il a l’air plus fait maison, comme s’il avait pu être doublé et animé par un adolescent exceptionnellement brillant.

Les humains adultes, beaucoup plus grands, sont pragmatiquement reconnus et intégrés à l’écran sans que cela soit censé être drôle en soi. À cet égard, Marcel et sa grand-mère et leur relation excentrique avec l’humain sympathique (Fleischer) sont peut-être comme quelque chose de Spike Jonze, mais beaucoup moins savant et conscientisé. Le caméo de célébrité n’est pas l’événement crucial qu’il serait dans n’importe quel type de comédie : Stahl joue un rôle assez important ici, sans pour autant que son statut de célébrité ne brise le quatrième mur.

C’est un film intensément aimable et adorable qui convertit alchimiquement le désarroi ou l’exaspération en affection. La relation drôle et attachante entre Dean, un adulte dans la vraie vie, et Marcel, un minuscule coquillage enfantin, est le « bromance » de l’année.