L'exceptionnelle biodiversité de la Guyane française menacée par le changement climatique – Science et Avenir › - 1

Riche de 5 500 espèces végétales et 1 400 espèces animales, la Guyane est la plus grande réserve de biodiversité de France, ce qui la rend encore plus sensible au changement climatique, qui pourrait modifier le fonctionnement de la forêt équatoriale ou perturber la reproduction de certaines espèces, comme les tortues marines.

« Le réchauffement climatique en Guyane française devrait être compris entre +1,5°C et +4°C d’ici 2100 », a déclaré à l’AFP Ali Bel Madani, climatologue à Météo France Antilles-Guyane.

Ces données du nouveau rapport GuyaClimat sont revues à la hausse dans les dernières estimations de Météo-France qui prévoyait en 2013 +1°C d’ici la fin du siècle.

Une hausse du thermomètre aux conséquences « significatives » pour la faune et la flore, déjà visible chez les tortues vertes, olivâtres et luth qui ont trouvé des hauts lieux de reproduction en Guyane.

– féminisation des populations –

Tortue luth sur une plage de Guyane française, le 4 juillet 2019 (AFP/Archive – Jody Amie)

Car chez les tortues, la chaleur du nid détermine le sexe. « Plus le nid est chaud, plus il aura de femelles. Avec la hausse des températures, on assiste à une féminisation des populations, ce qui menace la reproduction », explique Benoît de Toisy, président de l’association d’élevage et de conservation des tortues Kwata. .

En dix ans, les luths sont tombés en Guyane. Selon l’association, de 9 516 en 2009 à 828 en 2022. Le réchauffement des océans serait également responsable.

« Après la ponte, elles migrent vers la zone de convergence des eaux chaudes-froides du niveau canadien, riche en plancton et en méduses, pour s’en nourrir, explique Benoit de Toisy, ou, selon nos données, des migrations de plus en plus longues car le froid les eaux se retirent.

Les kilomètres supplémentaires signifient l’épuisement des reptiles, qui commencent à migrer avec leurs réserves de graisse au détriment de la reproduction. « Dans les années 1960 et 1970, les luths pouvaient pondre 5 à 6 couvées par saison. Aujourd’hui, nous avons un maximum de 4-5 et une moyenne de 2-3 », ajoute le président Kwata.

– Photosynthèse perturbée –

Forêt équatoriale guyanaise à Sole 2 mars 2007 (AFP/Archive – JODY AMIETH)

En plus de la faune, cette élévation de température détruit également les forêts qui couvrent 97% de la Guyane.

« En cas de forte chaleur, les arbres ont tendance à fermer leurs stomates, une petite ouverture qui leur permet de respirer et d’échanger avec l’atmosphère », explique Olivier Brunot, directeur du centre de recherche à l’Office national des forêts de Guyane. « En conséquence, les arbres transpirent moins, photosynthétisent moins et poussent plus lentement », dit-il.

Une croissance réduite signifie une capacité de stockage de carbone moindre – 1,5 gigatonne pour les forêts guyanaises – l’un des services écosystémiques les plus importants fournis par les arbres.

De plus, selon une étude de l’UMR EcoFog (CNRS), après 31°C, la forêt tropicale humide se transforme en forêt tropicale sèche.

« Pour le moment, la Guyane est assez bien préservée, contrairement à d’autres endroits du bassin amazonien, en particulier l’État brésilien de Roraima, où la hausse des températures et des précipitations a transformé une forêt en une savane extrême. » Bruno.

– Seuil de précipitations non atteint –

Parce qu’une autre menace du changement climatique en Amazonie que les scientifiques ont identifiée est la pluie. Le GIEC, le panel climatique de l’ONU, les estime à -20 à -30% d’ici 2100.

Cependant, pour rester une forêt humide, un certain seuil ne doit pas être atteint. « L’impact réel est inférieur à 1500 mm d’eau par an. En Guyane, nous sommes à 4000-5000 mm à l’est du département et à 2000-2500 mm à l’ouest », précise Olivier Bruno.

Et encore faut-il que ces pluies soient réparties sur tous les mois de l’année « avec au moins 150 mm d’eau par mois », poursuit le chercheur de l’ONF.

Parmi les prédictions de GuyaClimat figurent l’allongement et l’intensification des saisons sèches, entraînant un « stress hydrique. La période pendant laquelle l’approvisionnement en sol est vide sans eau.