Les restrictions au don de sperme suscitent la polémique – Science et Avenir › - 1

Satoko Nagamura et sa compagne ont eu recours au don de sperme pour concevoir un enfant, mais une future loi japonaise risque de priver à jamais les couples de lesbiennes et les femmes célibataires de ce moyen de procréation.

Pendant des décennies, le don anonyme de sperme au Japon a été pratiqué dans un grand vide juridique. Le projet de loi, attendu au Parlement d’ici la fin de cette année, vise à légaliser la procédure pour la première fois.

Or, dans le texte préliminaire vu par l’AFP, l’accès au don de sperme est prévu pour être réservé aux couples mariés et donc aux couples hétérosexuels, puisque le Japon ne reconnaît pas les unions homosexuelles.

Cela revient à « retirer aux femmes – qu’elles soient en couple ou célibataires – leurs droits reproductifs et leur désir de porter et d’élever des enfants », s’indigne Mme Nagamura, 39 ans.

À l’heure actuelle, les institutions médicales japonaises proposant l’insémination artificielle suivent généralement les directives de la Société japonaise d’obstétrique et de gynécologie, qui recommande déjà la procédure uniquement aux couples mariés.

Les principes de cette société médicale ne sont pas contraignants, mais ont suffisamment de poids pour que très peu de médecins acceptent d’aider les couples lesbiens ou les femmes célibataires dans leur projet d’enfant.

Si ces règles étaient inscrites dans la loi, « les quelques cliniques qui nous ont admis ne pourraient plus le faire », déplore Mme Nagamura.

Un médecin de l’hôpital universitaire de Keio observe le mouvement du sperme du sperme d’un donneur le 28 septembre 2022 à Tokyo. (AFP – Yuichi YAMAZAKI)

Elle et sa compagne Mamiko Moda, 42 ans, craignent également qu’une future loi ne stigmatise un jour leur fils de dix mois, conçu par insémination artificielle avec le sperme d’une de leurs amies.

Bien qu’il soit né avant le vote de cette loi, « à l’avenir, il pourrait apparaître que nous avons fait quelque chose de mal, que cet enfant est en quelque sorte +illégal+ », s’inquiète Mme Moda.

– Canaux informels risqués –

Kozo Akino, un député de la coalition conservatrice de droite au pouvoir qui a participé au projet de loi, estime que les droits des enfants sont mieux protégés si leurs parents sont légalement mariés.

« Les technologies de procréation assistée ne doivent pas être utilisées au détriment du bien-être des enfants », a déclaré un porte-parole de l’AFP.

Les médecins pensent également que la loi rendra l’utilisation du sperme de donneur plus acceptable dans la société japonaise.

Les institutions médicales japonaises offrant ce service d’insémination artificielle ont dû faire face à une pénurie de sperme de donneur, les donneurs ayant été informés il y a plusieurs années que leur anonymat serait probablement un jour contesté devant les tribunaux par leurs descendants.

Les femmes et les couples de lesbiennes se tournent déjà vers le don de sperme non médicalisé pour éviter la lourdeur des procédures existantes.

Une simple recherche sur Twitter fait apparaître des centaines de comptes japonais faisant l’éloge de l’apparence, des diplômes ou de la santé des hommes qui se disent prêts à offrir leur sperme par le biais d’échantillons ou de rapports sexuels.

Satoko Nagamura (à gauche) et sa partenaire Mamiko Moda (au centre) sont photographiés avec leur bébé conçu à partir d’un don de sperme le 6 septembre 2022 à Tokyo. (AFP – Yuichi YAMAZAKI)

Beaucoup ne demandent rien d’autre que le paiement des frais de transport. Cela alimente les doutes sur leurs véritables motivations, et certains les accusent de ne rechercher que le sexe.

« C’est comme donner du sang », a déclaré l’un des volontaires, qui a requis l’anonymat. « J’ai un corps en bonne santé, alors pourquoi ne pas l’utiliser pour une bonne cause ? »

Cependant, ces offres en ligne soulèvent de graves problèmes de sécurité sanitaire car les profils des donneurs en termes de maladies sexuellement transmissibles ou héréditaires ne peuvent pas être vérifiés.

Mme Nagamura craint que l’utilisation de ces itinéraires risqués ne se multiplie avec l’adoption d’une future loi. « Certains sont prêts à tout pour avoir des enfants », prévient-elle. « Ce n’est pas facile d’y renoncer. »